• Entretiens: Frédéric Fonteyne - Tango Libre

    Par Michel Decoux-Derycke - Réalisé par Frédéric Fonteyne, "Tango Libre" est son quatrième long métrage. Ses débuts, c'est avec "Max et Bobo" en 1997, suivra "Une liaison pornographique" en 1999 et "La Femme de Gilles" en 2004. Les scénarios de ces quatre films ont été écrits par Philippe Blasband. Particularité pour "Tango Libre", Anne Paulicevich, l'héroïne principale du film et compagne de Frédéric Fonteyne, a co-écrit le scénario. Lors du dernier FIFF, j'ai rencontré un réalisateur heureux puisque "Tango Libre" venait de remporter, peu de temps auparavant, le Prix spécial du Jury à la Mostra de Venise.

    Utiliser le tango, danse explosive et sensuelle, dans le milieu carcéral, n'était-ce pas un risque ?
     
    Je voulais montrer quelque chose d'impossible. C'est dans ces moments où quelque chose d'impossible arrive que l'on existe. J'ai l'impression que l'être humain est lui-même dans ces moments miraculeux. C'était une idée assez étrange. Mais la manière dont le tango arrive dans cette prison, c'est une forme de subversion, de provocation vis-à-vis de l'ordre établi. Une manière de subvertir un endroit où, en principe, on ne danse jamais. Et on l'a fait dans une vraie prison. Pour moi, c'était une idée très forte. Il est même possible dans cet endroit-là qu'il y ait quelque chose qui se passe de l'ordre de la magie.

    Frédéric Fonteyne

    Pourquoi le tango ?
     
    C'est très particulier comme danse. J'ai l'impression que l'homme et la femme tombent l'un sur l'autre. C'est comme une forme de combat. Il y a une écoute à avoir, un dialogue qui s'installe mais qui reste tendu. Par exemple, le tango dans le film n'a rien à voir avec les clichés du tango. C'est quelque chose de très viril. J'ai voulu montrer un tango que l'on avait encore jamais vu.

    Comment avez-vous choisi les acteurs ?
     
    Ils ont tous des personnalités très différentes. En bon alchimiste, j'avais envie de savoir ce qui pouvait se passer entre eux. Même avant que l'on tourne, la rencontre entre Sergi Lopez et François Damiens, c'était spécial. Ce sont deux univers complètement opposés. Ils se sont reniflés. C'est cela qui est intéressant dans le cinéma, c'est provoquer des rencontres improbables.

    Alice est jouée par Anne Paulicevich, votre compagne. Comment avez-vous imaginé ce rôle ?
     
    On savait que cette femme allait être au centre de cette histoire. Parce que c'est une femme qui va à un parloir, qui aime deux hommes, un homme tombe amoureux d'elle, il y a aussi son gamin. Quelque part, pour moi, créer un personnage de fiction, c'est montrer les différentes facettes, les différents reflets que les autres personnages peuvent lui donner. On existe parce quelqu'un nous regarde, nous aime. J'avais découvert cela dans mes autres films, une femme existe par le regard d'un homme. Ici, nous avons multiplié les regards.

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