• Entretien: Xavier Legrand - Jusqu'à la garde

    Par Michel Decoux-Derycke - Xavier Legrand est comédien, scénariste et réalisateur. Au théâtre, il a joué dans une vingtaine de pièces. Au cinéma, il est apparu dans trois courts métrages et deux longs métrages. En 2012, il a réalisé le court métrage "Avant que de tout perdre", récompensé par un César. Son premier long, "Jusqu'à la garde", qui nous occupe aujourd'hui a reçu des prix à Venise, San Sebastiàn, Saint-Jean-De-Luz, Macao et Angers.
    C'est à Bruxelles que je l'ai rencontré pour discuter ce film parlant d'une situation vécue par beaucoup de couples.

    Pourquoi ce film ?

    C'est un film sur un sujet très important dans notre société. Qui me met en colère en tant qu'homme. Avant tout, travailler sur ce sujet n'était pas dans un but d'engagement. Moi, je suis comédien et je voulais d'abord écrire pour le théâtre. Etant passionné par les tragédies grecques, je voulais écrire sur la tragédie et l'équivalent contemporain. Sur les liens du sang qui peut amener à l'horreur.
    En essayant de détecter la tragédie d'aujourd'hui,  j'ai vu que la violence conjugale était un phénomène absolument terrible. Qu'en France, une femme est assassinée tous les trois jours par son conjoint. Je me suis dit, ça c'est une tragédie parce que ça continue, parce qu'il y a une sorte de honte, de tabou sur cela.

    Votre film est déjà sorti en France, quelles sont les réactions ?

    Les gens sont assez touchés, sortent avec énormément d'émotion. Je suis assez content parce que les gens me disent que c'est un vrai film de cinéma. On me parle beaucoup de cinéma, finalement. Les gens se posent des questions différemment, vu la façon dont le film est fait.

    Xavier Legrand

    Vous avez choisi une forme épurée dans votre réalisation.

    Oui, je n'utilise pas de musique, pas de caméra à l'épaule. J'essaie d'être dans une perspective continue de mettre le spectateur au travail. On n'est pas habitué à cela, on nous sert un peu la soupe, on met de la musique à un endroit pour bien nous indiquer l'intention, pour nous dire que le danger arrive, qu'il faudrait pleurer un petit peu. J'ai essayé d'être dans une forme assez sèche, assez réelle pour parler du thriller quotidien.

    Le début de "Jusqu'à la garde" est inhabituel, expliquez-nous ?

    C'est un pari de cinéma. C'était aussi l'envie d'avoir une sorte de parti-pris radical. De se dire comment on fait pour passionner les gens avec une scène de vingt minutes avec cinq personnes qui parlent autour d'une table. La scène est conçue pour laisser place à la pensée et au discours. La mise en scène est là pour le spectateur puisse suivre une pensée et essayer de se faire, dans les arguments des uns et des autres, son propre jugement.

    Vous avez repris trois acteurs de votre court métrage, pourquoi ?

    Parce qu'ils ont énormément de talent (rires). En fait, ils faisaient partie de mon projet initial, je voulais faire trois courts où on suivait le même couple à trois temps différents. Je me suis aperçu que les deux autres épisodes étaient plus intéressants ensemble et j'avais besoin de plus de temps. Le premier épisode se passe sur une journée, le format court était le format idéal. Pour la suite, j'étais coincé donc c'est pour ça que j'ai fait un long.

    Parlons de ces acteurs: Léa Drucker, Denis Ménochet et Mathilde Auneveux.

    Ce sont des comédiens prodigieux et qui n'étaient pas bien utilisés. Tous jouaient dans de bons films mais... Je les aimais beaucoup dans tout ce qu'ils avaient fait. Et je me disais quand vont-ils avoir un rôle les sortant d'eux-mêmes ?

    Le jeune garçon, Thomas Gioria, est très important dans votre histoire, comment a-t-il été choisi ?

    Par un casting tout ce qu'il y a de plus classique. D'ailleurs, j'ai commencé la préparation du film par ça, à trouver l'enfant. Il fallait qu'il soit le personnage, qu'il ait la maturité de comprendre ce qu'il a à faire. Les scènes qu'il traverse sont très difficiles. Qu'il ait une conscience de jeu, de ce que c'est la fiction et la réalité, de se laisser traverser par les choses et de les mettre au service de son personnage. C'est tout un travail que j'ai fait avec Thomas, avec une coach aussi. Il était là dès les essais pour qu'il arrive au tournage disponible et fort.

    Lire aussi la critique de Jusqu'à la garde

    « Critique: Jusqu'à la gardeAnima 2018: le palmarès »

    Tags Tags : , , , , , , , ,