• Entretien: Vincent Lannoo - Little Glory

    "Little Glory" est le quatrième long métrage de Vincent Lannoo. En 2001, il avait déboulé dans le cinéma avec "Strass", faux documentaire à petit budget qui avait frappé les imaginations. En 2005, ce sera "Ordinary Man" avec notamment Olivier Gourmet qu'il avait dirigé dans son premier court métrage: "J'adore le cinéma". Cinq ans plus tard, "Vampires" arrive sur les écrans avec, comme slogan sur l'affiche: Ni Branchés, Ni Sexy, Ni Puceaux...Juste Belges. Slogan qui fait sensation ! Avec "Little Glory", Vincent Lannoo change de genre cinématographique, tourne aux Etats-Unis et en langue anglaise.
    Par une belle après-midi d'été, j'ai donc rencontré un cinéaste passionné et passionnant. Une longue conversation dont je vous livre ici quelques morceaux choisis.

    D'où vient l'idée du film ?

    En fait, j'ai rencontré l'idée du film. Elle existait, on me l'a racontée. François Verjans, jeune scénariste liégeois, m'a pitché le projet. C'était en moi, c'est vraiment un film que j'avais envie de faire. J'ai perdu mon père à neuf ans. L'histoire de ces enfants orphelins, de cette gamine obligée de passer du monde de l'enfance à une espèce de monde pré-adulte, c'était un peu la mienne. Ca m'a énormément touché.
    C'était prévu à Liège. Tout de suite, j'ai eu envie de le mettre dans un univers américain d'aujourd'hui. Cette espèce de middle class, une middle class plus basse là-bas qu'ici. Qui souffre de cette crise et qui est en train de fondre comme neige au soleil.

    Vincent Lannoo

    Pourquoi aux Etats-Unis ?

    Très honnêtement, le film pouvait se passer n'importe où. J'avais le rêve de faire un film américain. Comme j'ai moins peur de l'avion que Bouli (NDLA: Bouli Lanners), il n'était pas difficile pour moi de tourner des images américaines. J'avoue que j'avais peur que ce soit placé dans un contexte social qui rappelle celui des Dardenne. Mais surtout, je suis convaincu que le regard européen est très intéressant pour les Américains. Les films sur la middle class, ils n'existent pas pour le moment. Soit on est dans la pauvreté totale, soit on est dans "Desperate Housewives" et dans l'argent. Donc je trouvais important de le faire là-bas alors qu'ici, j'avais l'impression que ça existait.

    Le fait d'avoir tourné en anglais et avec des acteurs américains ne rend-t-il pas le message du film plus universel ?

    C'est ce que je pensais et c'est ce que je pense toujours. Bien que les films des Dardenne, dont je suis un grand croqueur, soient universels. C'est juste que l'ouverture, l'intérêt des gens offraient une vision universelle que j'avais envie de développer. Et puis, c'était aussi l'occasion de visiter ce cinéma américain dont j'ai rêvé pendant des années. Il y avait l'attrait d'une nouvelle expérience.

    Justement, comment cela s'est-il passé avec les Américains ?

    Cela a été un énorme bonheur. Deux mois avant le tournage, je suis parti en repérages pendant dix jours avec le chef op. Très vite, on s'est rendu compte qu'on allait vivre un moment de bonheur fou. Parce que les équipes là-bas attendaient notre venue, parce que l'idée qu'un réalisateur européen vienne faire un film aux USA les excitaient. Ils avaient l'impression de travailler sur le film de leur vie. Donc il y avait une espèce de souplesse qu'il n'y a pas forcément tout le temps là-bas. Cela a été plutôt facile.
    J'ai travaillé dans un confort que j'ai rarement eu. On me secondait partout. Mon assistant était celui de "The Thin Red Line". J'avais, autour de moi, des gens qui m'aidaient très fort.


    Pour en revenir au film en lui-même, la gamine n'est-elle pas la plus forte ?

    C'est la plus forte parce qu'elle n'a pas le choix. Si elle veut vivre son enfance, il faut qu'elle se batte pour, il faut qu'elle soit forte. C'est une question de survie. Je le dis avec émotion. Isabella, qui joue la gamine, avait conscience de cela. Elle avait sept ans, elle avait conscience de la fermeté qu'elle devait avoir. De la manière dont elle devait porter les choses.
    Vis-à-vis de son frère, elle a un côté un peu dur, elle pose des questions, elle lui met le nez dans son caca. En même temps, elle le pousse à se rapprocher d'elle. Et il craque petit à petit.


    Comment Isabella Blake-Thomas a-t-elle été choisie ?

    J'ai rencontré énormément de gamines, à peu près deux cents, surtout à Londres. On m'envoyait des petites filles américaines vivant à Londres ou d'autres ayant suivi des cours de coaching pour parler américain comme Isabella. De ce casting, j'ai ressorti deux petites filles formidables, Isabella et une autre. J'ai hésité. C'est la présence de la maman qui m'a décidé, j'ai senti qu'elle allait être un allié de poids. J'ai senti qu'elle allait m'aider et soutenir la gamine.
    Isabella est une petite fille très intelligente. Elle a une intelligence émotionelle qui lui a fait, tout de suite, piger son rôle. Mais elle ne le prend dans la vie, c'est une actrice. C'est un talent, elle est née comme ça. Quand elle doit se mettre en colère, elle se met en colère mais quand elle sort de cette colère, elle n'est pas affectée. Elle tourne le bouton.


    En quelques mots, comment donner envie aux lecteurs d'aller voir le film ?

    C'est un film proche des gens. C'est un film plaisant dont on sort ému et heureux. Je pense que les spectateurs auront envie d'en parler après. C'est une expérience qu'ils voudront partager.

    Lire aussi la critique de Little Glory

    « Critique: BarbaraCritique: Elle s'appelle Ruby »

    Tags Tags : , , , , ,