• Entretien: Tahar Rahim - Samba

    Par Michel Decoux-Derycke - Tahar Rahim débute, en 2005, dans le docu-fiction "Tahar l'étudiant" de Cyril Mennegum. Quatre ans plus tard, Jacques Audiard lui donne son premier grand rôle dans "Un prophète" qui lui vaut de réaliser un doublé: César du Meilleur acteur et du Meilleur espoir masculin. Il remporte aussi l'European Film Award du Meilleur acteur, le Prix Lumière ainsi que le Prix Patrick Dewaere. Par après, il joue dans des films d'Ismael Ferroukhi, de Jean-Jacques Annaud, de Joachim Lafosse, d'Ashgar Farhadi, de Rebecca Zlotowski ou encore de Julien Leclercq.
    C'est à Bruxelles que j'ai rencontré Tahar Rahim. Entretien avec un acteur pétillant, amusant avec une joie de vivre communicative.

    Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de jouer dans une comédie ?

    Tout simplement parce que la perception de l'humour chez chacun, c'est tellement personnel qu'on ne peut pas juger un humour naze ou pas naze mais en tout cas, on peut dire si il nous correspond pas ou pas. Que ce soit quand on le transmet ou on le reçoit. Jusque là, ce que je recevais en comédie ne me correspondait pas. J'ai déjà eu des propositions qui ne m'ont pas agréé. 
    Eric et Olivier, que je croise de temps en temps, voyaient comment j'étais dans la vie. L'idée leur est venue de prendre ça et de le donner au public. Donc ils ont commencé à écrire un personnage pour moi et quand ils me voient, à la sortie d'une projection, ils me disent: "on écrit un rôle pour toi" et moi, je leur réponds: "OK, je viens". Réponse de leur part: "attends de lire", moi, je leur dis: "non, ça me va". J'avais déjà accepté avant de lire leur scénario parce que je savais pertinemment qu'ils allaient prendre ce qu'il fallait prendre de moi et très bien le transmettre. Parce que j'avais confiance en eux. 

    Tahar Rahim

    Justement, parlons du personnage, c'est un faux Brésilien qui cache le fait qu'il est arabe et qui pense que cela passera mieux.

    Oui et d'ailleurs, il le dit. Il y a aussi la force du cinéma. J'ai joué un Arménien, un Saoudien, ... En fait, ça n'a pas d'importance, la nationalité. Ici, j'ai essayé d'aller au plus proche de la réalité d'un Brésilien. J'ai travaillé avec un coach et un vrai Brésilien pour l'accent. Il y a une chose assez particulière, quand on prend un accent au plus proche et qu'on l'amène au cinéma, tout est mis en relief et ça fait trop. Eric et Olivier ont abaissé les curseurs pour m'amener à la réalité du personnage. Pour que les gens aient une bonne perception.

    Comment cela s'est-il passé avec Omar Sy ?

    Cela s'est hyper bien passé. Omar est un ami. Mais là, vraiment, cela a consolidé notre amitié. J'espère que nous resterons amis jusqu'aux cheveux blancs. Il a été très élégant avec moi sur le tournage. Comme c'était ma première comédie, il fallait que je lâche prise. Il m'a soutenu. C'est quelqu'un de bien. Ce que vous ressentez de lui, c'est la vérité.
    L'ambiance sur le tournage était excellente. De voir comment ça fonctionnait entre Eric, Olivier et Omar m'a permis d'oser un peu plus. Je ne me suis pas senti jugé. Quand on fait une comédie, il ne faut pas se regarder. 

    Les deux sujets: les sans-papiers et le burn out vous ont-ils interpellé ?

    Les sans-papiers, c'est quelque chose qui m'avait déjà touché. Avant d'être acteur, j'ai travaillé dans des boîtes de nuit, sur des chantiers où j'ai rencontré des sans-papiers. Je connaissais la difficulté de leur quotidien. Les responsabilités bien plus importantes que les nôtres parce qu'ils sont loin, ils doivent s'occuper d'une famille. Tous seuls, dans un pays où ils ne parlent forcément la langue. Ils font partie d'une sous-strate sociale invisible. Ce n'est pas facile pour eux. Comment s'accomplit-il quand on s'efface ? 
    Le burn out, c'est un truc que j'entendais à gauche, à droite. Mais j'en ai pris conscience avec le film. J'en ai discuté avec Eric et Olivier. Je n'avais jamais fait le lien avec le manque de reconnaissance du burn out. Je pensais que c'était un surplus de travail et à un moment donné, craquage. C'est aussi un manque de reconnaissance, beaucoup de travail sans que l'on vous regarde. 

    Il y aura une deuxième comédie avec vous qui va bientôt sortir: "Père Noël", est-ce à dire que vous prenez un virage ?

    "Père Noël" est une comédie familiale, une espèce de conte moderne. Quand j'ai lu le scénario, j'ai aimé le personnage, la relation avec l'enfant. J'avais envie d'y aller. Après, je n'ai pas encore vu le film, je ne sais pas ce que ça va donner. 
    En tant qu'acteur, il faut prendre des risques. Maintenant, je ne suis parti pour faire des comédies tout le temps. Je vais tourner une série télé, je vais tourner un drame sur un flic 
    infiltré chez les anarchistes au siècle dernier avec Adèle Exarchopoulos, je fais le prochain film de Kiyoshi Kurosawa qui vient tourner en France.

    Lire aussi la critique de Samba
    Lire aussi l'entretien avec Olivier Nakache

    « Entretien: Olivier Nakache - SambaCritique: Monsieur Etrimo »

    Tags Tags : , , , , , , ,