• Entretien: Stéphane Demoustier et Charles Mérienne - Terre battue

    Par Michel Decoux-Derycke - Stéphane Demoustier est un réalisateur et scénariste français. Avant "Terre battue", il a réalisé quatre courts métrages ainsi qu'un documentaire: "Les Petits Joueurs". Quant à Charles Mérienne, c'est un jeune ado de treize ans, choisi lors d'un vaste casting, pour jouer le rôle d'Ugo dans "Terre battue", le premier long métrage de Stéphane Demoustier.
    C'est à Namur, lors du FIFF, que je les ai rencontrés. Entretien avec deux passionnés de tennis et de cinéma.

    Stéphane Demoustier, l'idée de votre film vient d'un fait divers ?

    Stéphane Demoustier: Oui, cela a été une source d'inspiration. Même si je me suis tout à fait éloigné du fait divers. Le fait divers, c'était ce père qui empoisonnait les adversaires de son fils pour qu'il gagne. Un jour, il y a eu un accident tragique et on a découvert la supercherie. 
    Moi, j'ai joué au tennis quand j'étais enfant, j'avais cotoyé le sport de haut niveau et je sentais que j'avais envie de parler de cela. Parce que c'est ce qui m'a édifié. Il y a quelque chose qui entrait en résonance avec la société. Quelque chose sur l'âpreté de la compétition, sur l'importance de réussir et du succès. J'ai transposé le fait divers pour faire un film qui parle du tennis mais pas que du tennis. 

    D'ailleurs, on voit peu de tennis dans votre film.

    Stéphane Demoustier: C'est tout à fait juste, on en voit relativement peu. C'est une des thématiques du film mais c'est absolument pas un film sur le tennis. Ce qui m'intéressait plus que le jeu lui-même qu'on connaît, qu'on voit tout le temps à la télévision, ce sont les ressorts qu'il y a derrière le jeu. Ce qui se passe en dehors du terrain pour l'enfant et dans sa famille. 

    C'est plus l'histoire du père, non ?

    Stéphane Demoustier: C'est un film qui parle de transmission et de réussite. Il se joue les mêmes mécanismes de désir et de réussite chez le père et le fils. Cela circule de l'un à l'autre. Comme un contamination, comme un mimétisme, comme une réaction. Au début de l'histoire, le dépositaire de l'histoire, c'est totalement le personnage d'Olivier Gourmet. Qui est le chef de famille, qui veut tenir son rôle de chef de famille qui se trouve déclassé. Une fois qu'il est déclassé, comment il fait face à cette situation, comment il fait face à cet échec ? Tout bouge et le fils hérite de tous ces traumatismes.

    Pourquoi avez-vous choisi Olivier Gourmet ?

    Stéphane Demoustier: Tout d'abord, j'ai écrit le scénario en pensant à lui. Il me semblait idéal pour ce rôle, il a quelque chose de très incarné, de très ancré. Je voulais aussi lui faire jouer un personnage passionné et amoureux, j'ai l'impression qu'il n'a pas si souvent joué des rôles comme ça. Et ça m'intéressait, cette dimension charnelle et sensuelle qui entre en ligne de compte. J'ai tout simplement pensé à lui parce que j'ai aimé des films dans lesquels il a joué. Des films qui m'ont donné envie de faire du cinéma.

    Valeria Bruni Tedeschi ?

    Stéphane Demoustier: Il fallait que j'aie un couple. Le personnage féminin est très important dans l'histoire mais on le voit assez peu. Donc il fallait quelqu'un qui ait un éclat, qui laisse immédiatement une empreinte. Valeria Bruni Tedeschi a cela, elle a une consistance, une épaisseur qui fait que quand elle s'en va, elle laisse un grand vide.

    Le choix du jeune garçon était important, comment avez-vous fait ?

    Stéphane Demoustier: Je préfère que Charles raconte lui-même comment on s'est rencontrés.

    Stéphane Demoustier et Charles Mérienne © David Ameye

    Charles Mérienne: J'ai rencontré Stéphane aux championnats de France de tennis. Je suis Bourguignon et il filmait des joueurs en Bourgogne pour un documentaire et moi, je jouais contre eux. Il m'a repéré et il m'a demandé de faire le casting. J'ai dit oui même si je n'ai jamais eu le rêve d'être acteur. 

    Stéphane Demoustier: Moi, je voulais un tennisman. Parce que lors du montage du documentaire dont Charles a parlé, j'ai trouvé que ces tennisman avaient une intensité, une authenticité que je ne trouverais pas chez un enfant-acteur. Et aussi le plaisir du film même si il n'y a que dix minutes de tennis, c'est de filmer le tennis. Je me suis dit que si ce n'était pas un tennisman, je le sentirais. 
    J'ai vu beaucoup de joueurs dans toute la France. Les meilleurs des différentes régions. J'ai beau en avoir vu plus de trois cents, c'est chaque fois Charles qui revenait. 

    Charles, comment s'est passé le tournage pour toi ?

    Charles Mérienne: Très bien parce que toute l'équipe était très gentille avec moi. Olivier a été super sympa, il me mettait beaucoup à l'aise. Valérie a aussi été gentille avec moi. Cela a facilité les choses. Ce qui m'a halluciné, c'est de répéter les scènes. On ne s'imagine pas cela quand on voit un film. Au final, c'était plaisant de faire comme les grands acteurs.

    Stéphane Demoustier, le Nord est le cadre du film.

    Stéphane Demoustier: Effectivement. J'ai grandi à Villeneuve d'Ascq, dans la rue où on a tourné. Je voulais même tourner dans la maison de mes parents où ils n'habitent plus. Je l'ai visitée, elle était plus petite que dans mon souvenir. Donc on n'a pu y tourner. On a pris une maison comparable mais plus grand.
    En fait, comme un premier film est peu comme une montagne, pouvoir me rattacher à une terre que je connaissais, ça me rassurait.

    Stéphane Demoustier, vous êtes le frère d'Anaïs Demoustier, un des comédiennes françaises qui monte, comment vivez-vous cela ?

    Stéphane Demoustier: Très bien. Moi, j'ai dix ans de plus qu'Anaïs. Je l'ai beaucoup encouragée parce que je sentais qu'elle avait ça en elle. Elle doit sa réussite à son talent. J'ai essayé un peu de l'accompagner. Avant d'être dans le cinéma, j'ai fait d'autres métiers. Quand j'ai vu qu'elle réussissait, cela m' a donné de l'audace pour bifurquer. Et plus elle monte, mieux je me porte. Je suis son premier supporter.
    J'aimerais tourner avec elle. J'espère qu'il me sera donné de faire d'autres films et que j'aurais l'occasion de le faire. Mais je ne tournerai pas avec elle pour tourner avec elle. 

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