• Entretien: Roschdy Zem - Bodybuilder

    Roschdy Zem est un acteur et réalisateur français. Il débute, dans le cinéma, par un petit rôle dans "Les Keufs" en 1987. C'est quatre ans plus tard qu'il apparaît à nouveau dans un film: "J'embrasse pas" d'André Téchiné, celui-ci le reprendra dans "Ma saison préférée" en 1993 et dans "Alice et Martin" en 1998. Sa filmographie est très variée, il joue aussi bien dans des films d'auteurs que dans des comédies. Citons pêle-mêle: "N'oublie pas que tu vas mourir", "Ceux qui m'aiment prendront le train", "Betty Fisher et autres histoires", "Le Petit Lieutenant", "Une nuit", "Ma petite entreprise", "Chouchou", ou encore "Go Fast". En 2006, il a remporté le Prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes pour son rôle dans "Indigènes", conjointement avec Jamel Debbouze, Samy Naceri, Sami Bouajila et Bernard Blancan. Toujours en 2006, il réalise son premier film: "Mauvaise Foi". Il attendra 2011 pour le deuxième: "Omar m'a tuer", film qui représentera le Maroc dans la course aux Oscars.
    C'est à Bruxelles qu'il est venu présenter son troisième long métrage.

    Pourquoi ce film sur le body-building ?

    L'idée n'était pas de faire un film sur le body-building. C'était surtout de raconter l'histoire de deux hommes vulnérables, qui ne se connaissent pas. Et qui ont la particularité d'être père et fils. C'est l'axe principal de mon film.
    En revanche, le contexte: le body-building m'intéressait au plus haut point. Parce qu'on en a rarement parlé au cinéma. Jamais une caméra n'avait posé un regard sur le quotidien d'un body-builder et sur le style de vie des body-builders. Donc ça, c'est la valeur ajoutée à mon histoire. Cela permettait de montrer un monde méconnu mais fascinant. Avec tout ce que cela implique, à savoir l'entraînement, les privations, les sacrifices et le plaisir également. C'est paradoxal, dans la douleur physique de l'entraînement, il y a aussi beaucoup de plaisir. 

    Roschdy Zem

    Vous n'avez pu trouver un acteur body-builder donc vous avez du prendre un body-builder pour jouer le rôle, comment s'est opéré votre choix ?

    J'ai découvert Yolin François Gauvin dans une compétition. Lorsque je l'ai rencontré pour faire des essais, il a eu tout de suite ce ton naturel et cette facilité à interpréter des émotions. Tout ça sans jamais avoir pris de cours, sans jamais avoir joué de sa vie. J'ai eu une chance incroyable. C'est la magie des rencontres qui fait en sorte que votre projet voie le jour. 

    Les autres acteurs n'ont-ils pas eu peur de devoir jouer avec un non-acteur ?

    Il n'y a pas de non-acteurs. Il joue donc c'est un acteur. A partir du moment où vous êtes sur un plateau, il n'y a plus de stars, plus d'acteurs confirmés, plus de non-acteurs. Il n'y a que des gens qui ont le même désir: rendre leur personnage crédible. Donc il n'y a pas de discrimination. On est tous logés à la même enseigne. On est là pour, ensemble, essayer de mener une scène au point le plus haut qui s'approche de la vérité. 

    Vous avez un casting intéressant, comment l'avez-vous constitué ?

    Par étapes. Le plus dur étant de trouver le body-builder. J'ai commencé d'abord par Vincent Rottiers qui, pour moi, est le maillon essentiel de cette histoire. Parce que c'est lui qui va nous emmener dans ce monde-là. Quand j'ai trouvé Vincent Rottiers, très logiquement, j'ai pensé à Nicolas Duvauchelle pour jouer son grand frère. Parce que j'ai l'impression qu'ils sont faits dans le même moule. Ils se ressemblent physiquement.  
    Je veux une femme qui soit capable de jouer une jeune fille populaire mais sans composer. C'est-à-dire avec la bienveillance et l'amour que cela demande. Et Marina Foïs était, à mes yeux, l'actrice idéale. 
    Vous savez, c'est comme ces maisons qu'on construit avec des Lego. D'abord la base et après, les fondations. Cela se monte patiemment. Quand le Lego que l'on veut mettre sur l'autre ne s'imbrique pas, ça se voit tout de suite. 

    Vous jouez dans le film, n'est-il pas difficile d'être acteur et réalisateur en même temps ?

    Oui, bien sûr. Parce que n'importe quel metteur en scène a envie d'avoir la main sur son film, en tout cas, la maîtrise. Passer devant la caméra, on abandonne une partie de cette maîtrise. En ce qui me concerne, ce n'est pas très agréable. C'est aussi une façon de dire aux acteurs, je suis avec vous. 
    Pour tout vous dire, c'est un rôle que j'ai accepté de faire pour des raisons économiques. C'est un film au budget assez restreint et prendre le réalisateur comme acteur, c'est aussi économiser le prix d'un acteur. 
    Et puis avoir un petit budget, cela oblige à être plus imaginatif, d'inventer davantage. C'est parfois très bénéfique pour un film, cela a été le cas pour "Bodybuilder".

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