• Entretien: Olivier Nakache - Samba

    Par Michel Decoux-Derycke - Le parcours cinématographique d'Olivier Nakache est indissociable de celui d'Eric Toledano. Depuis 1995, tous deux ont écrit et réalisé, tout d'abord quatre courts métrages ensuite cinq longs métrages. En 2002, leur premier long: "Je préfère qu'on reste amis" réunit une belle brochette de comédiens, notamment Gérard Depardieu, Jean-Paul Rouve, Annie Girardot, Isabelle Renauld et Valérie Benguigui. C'est en 2011, avec leur quatrième film "Intouchables", qu'ils touchent le Graal. Près de vingt millions de spectateurs en France, près de dix millions en Allemagne, plus d'un million en Belgique, au total plus de cinquante millions d'entrées dans le monde. Le film est récompensé au Japon, en Espagne ainsi qu'aux Etats-Unis et est nominé aux César, aux Golden Globe et aux BAFTA. 
    Je l'ai rencontré à Bruxelles sans Eric Toledano, les deux compères s'étant partagé le travail auprès des journalistes.

    D'où vient l'idée de "Samba" ?

    Elle est partie de plusieurs motivations qui se sont juxtaposées. L'envie de retravailler avec Omar. L'envie d'aborder des sujets de société. L'envie de faire une comédie romantique. L'envie d'explorer de nouvelles pistes parce que notre but, à Eric et moi, est de proposer autre chose et de se renouveler. C'est d'aller ailleurs et de prendre des risques. Parce qu'après "Intouchables", tous les risques nous étaient permis. C'est maintenant qu'il fallait en prendre et d'aller vraiment vers ce que nous avions envie de faire. Parce qu'avant tout, nous avons gagné la liberté.
    De concert avec Omar, on s'est mis à l'écriture et à l'adaptation du livre "Samba pour la France" de Delphine Coulin. L'auteur du livre et sa soeur (NDLA: Muriel Coulin) ont participé à l'élaboration du scénario.

    Olivier Nakache

    Vous dites que le succès de votre précédent film "Intouchables" vous a permis de gagner la liberté, expliquez-nous ?

    Quand vous faites quelque chose qui a marché, je pense qu'on est plus écouté. On a un tour gratuit. Nous, on a une force, c'est qu'on est deux. Cela aide, à la fois, à rester bien ancré dans le sol et à avoir une idée solide pour qu'elle plaise aux deux. Déjà, chacun est le public de l'autre. Ce qui nous est arrivé, nous en avons profité pleinement. Nous en avons sorti le positif. Vous savez, "Intouchables" est comme un galet qu'on jette dans l'eau, il y a des ondes. Et il y a une onde qui peut être négative. L'onde, c'est que vous êtes sollicité, vous avez tous les projecteurs sur vous, vous êtes sans cesse accaparé, vous avez des propositions de scénario venant des quatre coins du monde, vous pouvez exploser, vous pouvez friser le burn-out. Donc, à un moment donné, il faut se reconcentrer et ne prendre que le positif. 

    Dans "Samba", Omar Sy montre une autre facette de sa personnalité, qui l'emmène vers cela ?

    Nous avions envie, Eric et moi, de l'emmener dans une autre direction. Plus sensible et de toujours continuer d'explorer des choses assez graves mais avec de la légèreté. 
    Omar, il va où il a envie d'aller. Je ne pense pas qu'il réfléchisse en termes de plan de carrière. Il se dit: ça, ça me plaît, j'y vais. On n'est qu'au début. On va être surpris d'année en année. Parce que c'est une nature. Je n'hésite pas à le dire, il y a eu des Gabin, Dewaere, Ventura, il fait partie de ceux-là. Il est vrai, il est charismatique, il est solide, il est puissant, il est drôle donc je fais encore vingt films avec lui s'il veut. 

    Pourquoi l'associer à Charlotte Gainsbourg ?

    Le contraste. On avait envie de faire une histoire d'amour. Il était temps, c'est notre cinquième film et nous n'avions fait que des amourettes. Cela a été immédiat. Pour Charlotte, on ne s'est pas posé trente questions, on veut voir Omar avec qui ? On a eu François Cluzet, maintenant, on veut Charlotte Gainsbourg. Elle a une fragilité qui nous intéresse, elle est charmante, elle est cinégénique, elle a quelque chose. Nous étions certains que cela allait marcher. 
    Nous n'avons jamais pensé au contraste de couleur, il est là, il est évident. Omar est très dense, très noir, elle est très blanche, cauchemar de l'opérateur (rires). Cela ajoute au film.

    Comment avez-vous composé le reste du casting: Izia Higelin, Tahar Rahim, Hélène Vincent, ... ?

    Nous, on adore ça. Dans tous nos films, on va chercher qui, à priori, n'ont rien à voir ensemble. On les mélange. Tahar Rahim, c'est sa première comédie et ce n'est pas sa dernière. Il s'émancipe dans ce genre. On y croyait à cela. Il bouge, il pète le feu, c'est un garçon énergique et souriant. 
    Avec Eric, pendant la préparation du film, nous avons fait des stages dans des associations s'occupant de migrants, nous nous sommes rendu compte qu'il y a avait beaucoup de bénévoles retraités et des jeunes stagiaires. Cela a fait tilt, pour la bénévole retraitée, Hélène Vincent était la personne adéquate et pour la jeune stagiaire, Izia Higelin était parfaite. 

    Pour les projets suivants, irez-vous plus vers le drame ou resterez-vous dans la comédie ?

    Je ne sais pas du tout. Ici, on creuse une nouvelle piste. Ce que je sais, c'est que nous sommes très à l'aise dans la comédie. On assume cela et que nous voulons toujours faire des films d'auteur mais populaire. Après, on ne sait jamais. Si un sujet plus dramatique nous impacte tous les deux, nous irons vers le dramatique. 
    Un de vos confrères me faisait remarquer qu'une comédie sociale française, c'était assez rare. Il y a eu des tentatives: Michel Leclerc avec "Au nom des gens" ou Cédric Klapisch. Donc il y en a en France. Mais c'est vrai qu'il y a une tradition de comédie française qui n'est pas celle-là. Nous, nous arrivons pour renouveler le genre. 

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