• Entretien: Mathieu Vadepied - La Vie en grand

    Par Michel Decoux-Derycke – Mathieu Vadepied est un réalisateur français. Il a également travaillé comme directeur de la photographie. Notamment sur le film de Jacques Audiard: "Sur mes lèvres" ou sur "Intouchables". Avant "La Vie en grand", il a aussi réalisé deux courts métrages et un documentaire.
    C'est à Namur, au FIFF, que je l'ai rencontré. Entretien avec un homme humble et concerné.

    Pourquoi réaliser un film ?

    J'en avais envie. Ma carrière de chef opérateur a été beaucoup en pointillés. Même si elle a été plus visible que les courts métrages et le documentaire que j'ai réalisés.

    Vous avez notamment travaillé sur "Intouchables", quels ont été les effets ?

    Cela a été plus facile pour "La Vie en grand", en matière de production. "Intouchables" a une place particulière dans ma filmographie. Eric Toledano et Olivier Nakache m'ont demandé de participer à leur film, je leur ai d'abord dit non. Et puis, ils ont réussi à être assez persuasifs. Surtout à me proposer d'être directeur artistique, une relation particulière s'est instaurée entre nous. Il y avait un échange, je les aidais et eux m'aidaient pour mon film.

    Mathieu Vadepied au FIFF

    Donc l'idée de "La Vie en grand" date de longtemps ?

    Non, c'est au sortir de "Intouchables" que l'idée m'est venue. En fait, j'avais déjà fait des films ayant pour thème l'adolescence. J'ai aussi été beaucoup en Afrique pour tourner avec des réalisateurs africains. Du coup, la rencontre de ces deux dimensions a donné "La Vie en grand". Je suis sorti de "Intouchables" avec l'idée de retourner dans un quartier où nous avions fait des scènes du film. J'avais eu des sensations particulières et assez fortes. Je me suis dit que j'aimerais bien faire un film qui se passe entièrement là. En essayant de travailler avec les habitants autant que possible, d'être un peu en immersion comme on peut l'être en documentaire.

    Comment avez-vous choisi les deux gamins ?

    C'était le vrai challenge. Si je ne les avais pas trouvé, je n'aurais pas fait le film. J'avais envie de montrer que les mômes de banlieue n'étaient pas plombés, qu'ils ne rasent pas les murs. Qu'ils ont une vivacité, un appétit de vivre. Une sacrée énergie. Et que cette énergie-là contrecarre une espèce de fatalisme ou de déterminisme. Qu'on leur fasse confiance.

    Pourquoi Joséphine de Meaux et Guillaume Gouix ?

    Joséphine, je l'ai évidemment rencontrée sur "Intouchables". D'ailleurs, elle a joué dans plusieurs films de Toledano et Nakache. Elle a un truc singulier, à elle. Particulier, qui est un peu décalé, qui est un peu surprenant. On ne sait pas trop comment elle va interpréter, il y a de la surprise. Il y a de la recherche, de l'inattendu. 
    Guillaume est arrivé assez tard. Cela a été un peu improvisé car un acteur a fait défection. Je l'avais vu dans deux, trois films. Je trouvais qu'il avait une belle présence. Je le voyais bien en prof de gym. S'occuper des gamins, avoir cette espèce de fibre un peu paternelle. Il a un rôle un peu plus clair, plus évident que dans ses autres films. 

    Comment le tournage s'est-il passé ?

    Nous avons tourné à Stains, au Clos Saint-Lazare. Nous n'avons pas débarqué comme cela, du jour au lendemain. Nous avons énormément préparé les choses. On a été en contact avec tous les acteurs de la ville et du quartier. En impliquant les gens autant que possible dans la structure du tournage. Notamment dans la figuration. Cette rencontre a permis que ça se passe sans aucun problème. Parce qu'on est venus de façon non envahissante. Sans s'imposer, en instaurant un respect mutuel.

    Le film est déjà sorti en France, comment le public a-t-il réagi ?

    Toutes les réactions sont globalement assez belles. Il y a des questions sur le fait que ça stigmatise ou pas. Une minorité dit que ça stigmatise parce que j'ai pris deux jeunes noirs qui deviennent dealers, pourquoi pas des blancs ? Tout mon projet était de travailler sur la discrimination qui est avant tout sociale. Il se trouve que j'ai un lien avec l'Afrique et que ces personnages sont français avec leur culture. Et ils s'en sortent même si il y a transgression. Ils s'en sortent par leur intelligence. Au final, le trajet du film n'est pas discriminant pour ces enfants.

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