• Entretien: Mathieu Amalric - Belles familles

    Par Michel Decoux-Derycke - Mathieu Amalric est un acteur et réalisateur français. Depuis trente ans, il a joué dans près d'une centaine de films. Il a également réalisé cinq longs métrages ainsi qu'une dizaine de courts métrages. Une filmographie impressionnante.
    Je l'ai rencontré à Bruxelles. Entretien avec un homme à l'opposé de l'image que j'en avais.

    Pourquoi êtes-vous dans Belles familles ?

    Pour Jean-Paul Rappeneau, tout simplement. Jean-Paul, on a une vieille histoire ensemble. C'est un homme qui va beaucoup au cinéma, il va voir tous les films. Il n'est pas dans la nostalgie, il ne dit pas: «c'était mieux avant». Ce qui l'amuse, c'est de filmer dans ce monde que personne ne comprend. Personne ne comprend ce qui passe. On met le mot mondialisation, finances, toutes ces choses. Et des héros modernes. Dans le film, je suis Jérôme et Jérôme croit qu'il est là où il faut, dans la finance et boum, sa fiction qu'il se fait de lui-même se dissipe. Alors, il se rend compte qu'il est passé à côté de son père. Et qu'un homme comme Jean-Paul Rappeneau, de cet âge-là, ait envie de raconter cela, cela m'a interpellé. Donc, cela fait quatorze ans qu'on se croise. Il me disait qu'il fallait qu'on fasse quelque chose ensemble et il l'a fait.

    Mathieu Amalric dans Belles familles

     Comment est Jean-Paul Rappeneau sur le tournage ?

    C'est un adolescent qui fait du modélisme. Le film, il se l'est fait dans sa tête depuis des années. Il fait des dessins, il connaît le rythme. C'est un chef d'orchestre. Avec Marine, avec Gilles, avec Guillaume. Il est amoureux des voix des acteurs, il choisit les acteurs pour leurs voix. Comme des instruments de musique. Il y en a un qui va faire la flûte, un autre la contrebasse. Ecoutez les voix d'André Dussollier, de Nicole Garcia, de Marine Vacth, la mienne. Il y a quelque chose comme ça sur les voix. C'est comme une partition. Il faut qu'on soit à l'unisson. Jean-Paul sait à quel moment il faut une double croche, à quel moment on peut se permettre un souffle ou une blanche pointée. Son scénario est écrit comme ça. Avec des onomatopées, avec des boum, clac, clic, pan ! Il a besoin même que l'accessoiriste fasse le son.
    Il travaille au plan, pas à la scène. Il peut tourner dans un désordre total. On n'est pas du tout dans la construction habituelle d'un acteur d'un acteur qui se mettrait dans un certain état. Il s'agit de travailler au tempo, à la baguette. Et il coupe au milieu si ça ne va pas, si il n'a pas le rythme.

    Est-ce que ces exigences changent quelque chose pour vous ?

    Cela change une vision de gens de ma génération qui sont liés au plan de travail. Celui-ci est fait en fonction de l'évolution intérieure du personnage, dans la mesure du possible. Avec les contraintes financières, évidemment. Pour Jean-Paul, ce n'est pas ça. On fait l'arrivée et comme on est axé d'une certaine façon, on fait aussi la sortie. Après, on fait le moment là-bas et puis on revient en arrière, on fait le moment ici. On se demande comment on va retrouver l'état où on était. Ce n'est pas le problème. Il faut se laisser aller à son puzzle.

    Vous n'avez pas joué beaucoup de comédies ?

    Est-ce que c'est une comédie ? Oui et non. J'ai du mal à réfléchir comme ça. Sincèrement, dans les films de Desplechin, il y a des scènes hilarantes. J'aime le mélange entre hilarité et bouleversement dans la même scène. Pascal Thomas avec "Le Grand Appartement", c'est de la comédie, c'est pas de la comédie ?
    Avec Jean-Paul, il s'agit de reprendre des codes de comédie qui seraient la précision, la vitesse et peu de mots. On peut reprendre physiquement des codes de comédie tout en racontant des choses très profondes. La comédie est le genre que j'admire le plus. Il n'y a pas plus difficile à faire, il n'y a pas plus courageux, il n'y a pas plus politique, il n'y a pas plus généreux. La comédie pour moi, ça va de Marco Ferreri à Jerry Lewis en passant par les Marx Brothers, Danny Kaye.

    Votre filmographie est impressionnante, dix films en deux ans, comment expliquez-vous cela ?

    Ce sont des conneries, tout ça ! Evidemment, j'étais bien dans ces films mais ce sont des petits rôles. A ce propos, j'ai croisé Kyoshi Kurosawa à la gare et je lui ai fait dire que je voulais bien venir une journée sur un de ses films. Pour le voir travailler. Pour en revenir aux films, ce ne sont pas de longues périodes, c'est deux ou six jours par ci, par là. Bon, pour "Jimmy P", j'ai travaillé un an: l'accent, la psychanalyse, tout savoir de tout, ... Mais c'est sur la même ligne qu'un film où j'ai travaillé une demi-journée.

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