• Entretien: Léonor Serraille - Jeune Femme

    Par Michel Decoux-Derycke - Léonor Serraille est réalisatrice et scénariste. En 2016, elle a réalisé le court métrage "Body". Tout de suite après, elle réalise le long métrage "Jeune Femme", récompensé par la Caméra d'or à Cannes.
    Je l'ai rencontrée à Namur pour son film, celui-ci faisait l'ouverture du FIFF.

    Pourquoi ce film ?

    Plusieurs choses. J'ai vécu des choses à Paris qui m'ont marqué, quand je suis arrivée à 18 ans. J'ai travaillé à droite, à gauche comme baby-sitter. Je pense que film est né pendant les heures d'attente lorsque je vendais des culottes dans un magasin. Le film est aussi né de la sensation d'être dans Paris, d'être tout le temps caméléon. De s'inventer des façons de parler, de subir des entretiens d'embauche.
    Egalement de créer un personnage qui ose, qui rentre dans le lard des gens, moi-même, je suis très timide. Et qui en sort très forte à la fin, j'avais envie d'un personnage haut en couleurs qui me fasse revisiter des expériences personnelles. Je me rends compte que j'avais besoin de réparer des situations. Une envie de faire un portrait, j'adore ça au cinéma et en littérature.

    Léonor Serraille

     Le choix de Laetitia Dosch ?

    La sensation de vouloir travailler avec elle a été rapide. Je n'avais pas écrit le rôle pour elle mais elle avait toutes les couleurs du personnage. Quand je regardais ses photos, elle n'était jamais la même. Justement, je voulais quelqu'un qui ait plein de visages différents, Laetitia, elle avait ça. Elle a une capacité dans l'humour, la joie, le burlesque et en même temps, d'être des fois totalement l'inverse. Comme Patrick Dewaere. 

    Le personnage évolue tout au long du film, expliquez-nous ?

    Tout l'enjeu, c'était ça. Au début, elle est mise à nu, elle n'a pas de carapace. Elle s'imprègne des rencontres qu'elle fait, des images de femmes qu'elle a, des femmes fortes qui avancent. C'est une éponge. Elle ne s'arrête jamais, elle y va. Cela fait qu'elle se découvre des ressources. C'est une sorte de work in progress.

    Vous interrogez aussi le monde du travail actuel, par exemple le garde de sécurité  ?

    C'est un personnage que j'ai écrit suite à de réelles rencontres. A Paris, j'ai travaillé dans des cinémas avec des vigiles. Beaucoup venaient d'Afrique, avaient de super-diplômes et cela faisait cinq ans qu'ils travaillaient comme vigiles. On ne leur laissait pas leur chance.
    Ce que je trouve intéressant dans son personnage, c'est qu'il a un rapport à Paris très différent de Paula. Lui, il est heureux d'être en France, à Paris. Il est apaisé, il est plus philosophe. C'est plus un Parisien qu'elle. Il a saisi des choses, il connaît bien la ville, elle, elle est un peu touriste.

    Erika Sainte ?

    C'est ma directrice de casting qui m'a dit de rencontrer Erika. Elle m'a donné son point de vue sur le scénario: "je me sens trop jeune pour jouer la mère ou alors si tu me choisis, il faut vraiment que tu m'expliques pourquoi, pourquoi cet âge aussi proche de Paula". Elle m'a raconté des expériences de baby-sitting, des histoires qu'elle avait vécues. J'ai réécrit le rôle en fonction de cela.

    Cannes et la Caméra d'or ?

    C'était presque trop. C'était démesuré. En fait, on espérait être à Cannes mais à l'ACID. Un Certain Regard, c'était trop beau, trop contente, trop fière. La Caméra d'or, cela a été la cerise sur le gâteau. C'est une belle récompense pour tous ceux qui ont travaillé sur le film.

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