• Entretien: Laura Wandel - Les corps étrangers

    Par Michel Decoux-Derycke - Laura Wandel est une jeune réalisatrice belge ayant fait ses études à l'Institut des Arts de Diffusion (IAD). Elle a été propulsée sur le devant de la scène grâce à la sélection, en compétition officielle, de son troisième court métrage: "Les corps étrangers" au Festival de Cannes 2014. Il est également nommé aux Magritte du cinéma 2015.
    C'est lors de la présenta
    tion de son court métrage au FIFF à Namur que je l'ai rencontrée. Entretien avec une jeune femme déterminée.

    D'où vient l'idée du film ?

    En fait, c'est parti de plusieurs choses.
    Quand j'écris, cela ne vient pas d'un coup, il faut que j'explore plusieurs pistes. Je savais que j'avais envie de poser sur notre société basée sur l'apparence physique. J'avais envie d'accompagner quelqu'un qui, à un moment, ne correspond plus à la norme,
     l'accompagner dans la violence qu'il ressent par rapport à ça. En même temps, j'avais envie de parler du regard, comment poser son regard.
    Du coup, je me suis dit que le personnage devait être un photographe de guerre. Parce que je voulais quelqu'un qui ait l'habitude de poser son regard sur des gens blessés, mutilés. Sans entrer dans une réflexion politique.
    Il y a eu aussi cet aspect de la rééducation qui me plaisait beaucoup. J'ai rencontré pas mal de kinés qui m'ont expliqué que la rééducation, c'est surtout psychologique. Parce qu'il faut redonner confiance.

    Laura Wandel © David Ameye
    Comment avez-vous choisi les acteurs ?

    Alain Eloy, j'ai su tout de suite que je voulais travailler avec lui. Je l'ai vu dans "Bonne Nuit" de Valéry Rosier où il m'a tapé dans l'oeil. Quand j'ai eu un scénario plus ou moins clair, je l'ai contacté. Je lui envoyais régulièrement les versions pour qu'il me donne son point de vue. Nous avons vu ensemble les kinés. Nous sommes allés à la piscine pour répéter. Je voulais répéter surtout au niveau du corps, pas tellement au niveau des dialogues.
    Michaël Abiteboul, j'ai essayé d'avoir ses coordonnées d'abord par son agent, celui-ci ne me les a pas données. Ensuite je suis passée par l'intermédiaire de Guillaume Gouix qui est ami avec Michaël. Quand j'ai réussi à le contacter, Michaël m’a dit que Guillaume était bien plus difficile à joindre que lui. Donc je lui ai envoyé le scénario et il m’a rappelé vingt minutes après pour me donner son accord.

    Quelle a été votre réaction lors de la sélection pour Cannes ?

    Ce qui est assez dingue, c'est que je n'étais pas en Belgique. J'étais en Haïti. Je l'ai appris après tout le monde. Je recevais plein de messages, je ne comprenais pas trop ce qui se passait. Je n'oublierai jamais ce moment où je me suis rendu compte qu'on me parlait de ma sélection à Cannes. J'étais en plein milieu d'Haïti et c'était assez bien, cela m'a fait vite redescendre sur terre.

    Comment avez-vous vécu Cannes ?

    Bien, vraiment bien. J'avais pas mal de peurs. D'arriver comme ça dans un milieu superficiel. J'ai été super bien accueillie. Ce qui est incroyable, c'est d'avoir l'opportunité de voir plein de films, de rencontrer plein de gens. La particularité c'est que ce sont des rencontres tellement furtives. Il faudra voir si, dans le long terme, cela fonctionne.

    Quelles sont vos influences cinématographiques ?

    Ce qui m'a donné envie de faire du cinéma, ce sont plutôt des réalisateurs. Michael Haneke par exemple, j'aime bien sa manière de repositionner le spectateur dans sa place de spectateur. Il y a aussi Carlos Reygadas, un réalisateur mexicain qui a fait Japón, un chef d'oeuvre. Egalement Bruno Dumont et Abbas Kiarostami. Tous sont des réalisateurs qui cherchent à réinventer un langage cinématographique.

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