• Entretien: Juliano Ribeiro Salgado - Le Sel de la Terre

    Par Michel Decoux-Derycke - Juliano Ribeiro Salgado est le fils du photographe brésilien Sebastião Salgado. Il a réalisé plusieurs documentaires pour la télévision. Au cinéma, "Le Sel de la Terre" est son premier film. Celui-ci a remporté le Prix du Jury Oecuménique - Mention Spéciale et le Prix Spécial du Jury Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes.
    Je l'ai rencontré lors du Film Fest Gand. Entretien placé sous le signe de la bonne humeur.

    D'où vient l'idée du film ?

    C'est un concours de circonstances. En 2009, Wim Wenders est venu dîner chez nous. Il a débarqué dans nos vies avec l'idée de faire quelque chose sur mon père. Il ne savait pas quoi.
    Peu de temps après, je suis parti faire un reportage avec mon père, nous sommes restés trois semaines ensemble. Quand je lui ai montré les images, il était ému de la manière dont je le voyais. Cela nous a rapprochés. J'avais aussi l'intuition que les histoires que mon père racontait au retour des voyages couplés à son travail pourraient donner un bon cocktail. 
    Je revois Wim, je lui explique mon intuition et il me dit qu'il a eu la même. Là, nous nous sommes mis au travail.

    Juliano Ribeiro Salgado

    Comment le film s'est-il construit ?

    J'ai écrit un dossier dans lequel il y avait l'idée développée plus haut. Mais finalement, c'étaient plus des lignes directrices qu'un véritable scénario. Un documentaire se trouve en filmant et en montant. 
    Wim s'est investi dans le film une semaine avant le début du tournage. Il a commencé à interviewer mon père. A ce propos, j'ai senti que si c'était moi qui l'interviewait, cela n'allait pas bien fonctionner. 
    Au final, nous nous sommes retrouvés avec un matériel immense. Wim et moi avons monté pendant un an et demi. La première année, c'était chacun de notre côté donc nous nous échangions le montage. Et c'était à chaque fois une frustration car le résultat ne rendait pas justice à mon père. Finalement, Wim a proposé de me rejoindre en salle de montage. Là, nous devenions des co-réalisateurs et miraculeusement, malgré nos différences, cela a marché.

    Expliquez-nous la rupture dans la vie de votre père ?

    C'est après le Rwanda. Il est tombé malade. Il a énormément maigri, il a eu des problèmes de sang. Il a fait des analyses et on n'a rien trouvé. En fait, il somatisait. Au même moment, son père est tombé malade. C'est là qu'il a décidé avec ma mère de changer sa vie. C'est en replantant des arbres dans sa région natale qu'il s'est réparé. 

    Le nombre d'arbres plantés est assez extraordinaire: deux millions et demi.

    Ce qui est dingue, c'est que cela continue. Mes parents ont passé un accord avec les collectivités locales. Ils vont replanter cent millions d'arbres sur vingt-cinq ans. Pour l'instant, il y a une pépinière qui produit un million d'arbres par an. Là, ils viennent d'ouvrir une autre qui va en produire six millions tous les ans. C'est énorme.
    C'est aussi pour cela que nous avons voulu ce film. Pour que cela serve d'exemple, que cela transmette un message optimiste.

    Avez-vous appris quelque chose sur votre père ?

    Oui. Je suis parti dans les voyages avec lui pour apprendre des choses de lui. En fait, ce que j'ai vu, c'est que c'était quelqu'un d'extrêmement concentré et très carré. 
    Toutes les histoires qu'il raconte, je les connaissais déjà mais je les ai redécouvertes dans un immense bout-à-bout qu'avait fait Wim. A ce moment-là, j'ai réalisé par quoi il était passé. Ce qu'il avait enduré. Mon regard sur lui a changé. Tout à coup, nous sommes devenus copains. 

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