• Entretien: Jonathan Lambert - Réalité

    Par Michel Decoux-Derycke - Jonathan Lambert est un humoriste, animateur de radio, animateur de télévision et acteur français. Il débute au cinéma en 2001 dans "Jeu de cons". Suivront onze autres films dont "Steak" de Quentin Dupieux.
    C'est à Bruxelles que je l'ai rencontré où il était venu présenter "Réalité". Entretien avec un homme affable et enthousiaste.

    Comment vous êtes-vous retrouvé dans "Réalité" ?

    D'abord, j'ai déjà tourné avec Quentin Dupieux. Donc j'étais habitué et surtout fan de son univers. Mais au départ, je ne devais pas avoir le rôle du producteur. Je faisais partie d'une séquence, une sorte de pré-générique, qui a sauté un mois avant le tournage. Deux semaines avant le tournage, Quentin Dupieux me rappelle, le comédien qui devait jouer Bob Marshall a eu un problème de planning. Je suis donc arrivé à la dernière minute sur ce rôle.
    Jouer les hommes puissants dans une belle maison, cela me plaisait. Ce qui avait de très troublant, c'est d'être aussi désagréable avec le personnage d'Alain Chabat. Il fait partie des gens qui m'ont donné envie de faire ce métier. C'était la première fois que je me retrouvais face à lui. Etre obligé d'être dur avec lui, c'était spécial, je m'excusais entre les prises.

    Jonathan Lambert - Réalité © Realitism Films

    La définition du film ?

    Ce film est une boucle permanente, infinie. Il faut le voir, le revoir. Cela fait sept fois que le vois, je l'accompagne lors des avant-premières. On sort avec le vertige. Comme quand on se réveille après un rêve un peu étrange. Donc si on le voit une deuxième fois, on se dit qu'on va le comprendre. En fait, c'est en cela que le scénario est brillant, c'est quand on croit qu'on peut se raccrocher à quelque chose, justement cette chose vous échappe.

    Ce sont plusieurs univers qui se rencontrent, celui de Quentin Dupieux, celui d'Alain Chabat et le vôtre.

    Quentin est très fort pour ça. Il fait des comédies mais des comédies particulières, marginales, étranges, dadaïstes. Ce qu'il veut avant tout, c'est faire rire avec son univers. Mais en se rattachant à des gens qui, à priori, ne sont pas évidents à mettre dans un même film. C'est sa force. Il ne s'embarrasse pas de complexes. Moi, me retrouver avec Elodie Bouchez, Alain Chabat, tout un cast américain très choisi, il y a une cohérence dans tout ça.

    Vous mêlez plusieurs activités, comment choisissez-vous ?

    Là, je reviens à la télé avec une série qui s'appelle "Péplum" sur M6, qui passera peut-être en Belgique. Qui est une comédie racontant la chute de l'Empire romain à travers un empereur incapable que j'incarne. J'ai fini mon spectacle en décembre, je pense à écrire un troisième. Je suis très heureux de pouvoir naviguer entre la scène, la télé, le cinéma, le théâtre, même la radio. Je ne hiérarchise pas. Ce qui guide mes choix, à partir du moment où cela me ressemble, où c'est cohérent avec ce que les gens attendent de moi, j'y vais.

    En fait, vous êtes là où on ne vous attend pas ?

    Exactement et c'est bien de prendre des risques. Ce sont des films défendus par une certaine presse mais ce sont des films fragiles. Ils ne sont pas destinés à faire un million d'entrées en France. On le sait et Alain le sait. Quand on part sur un film comme "Réalité", c'est qu'on partage une envie de faire quelque chose de différent et inattendu. Tous ceux qui bossent avec Quentin, c'est ça. On est payé au minimum. Donc on ne m'y attend pas, tant mieux.

    Avez-vous des envies de réalisation ?

    Si, si, j'y travaille. Si c'est faire pour faire, ce n'est pas très intéressant. Je voulais trouver la bonne histoire parce que je voulais prolonger ce travail sur les personnages que j'avais fais à la télé, que j'ai emmené sur scène et je cherchais la bonne histoire pour les emmener au cinéma. Donc je travaille sur un film où j'interpréterai plusieurs personnages.

    Que diriez-vous aux lecteurs pour qu'ils aillent voir le film ?

    Déjà, je pense que c'est un film qui restera. Je l'ai vu sept fois et je ne m'en lasse pas. Comme je ne suis pas l'acteur principal, il y a des moments où je suis très spectateur. Quentin a une espèce de pudeur dans le rire. Il fait des trucs drôles et quand il sent que ça pourrait devenir trop facile, il retire le tapis sous les pieds pour emmener quelque chose presque de l'ordre du malaise. Il y a une espèce de truc après lequel on court et qu'on attrapera jamais. Je trouve ça génial comme petit jeu.

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