• Entretien: Frédérique Bel - L'Etudiante et Monsieur Henri

    Par Michel Decoux-Derycke – Frédérique Bel est une actrice française. Elle débute au cinéma en 2000 dans "Deuxième vie" de Patrick Braoudé. En 2005, elle fait une parenthèse à la télévision, sur Canal +, avec "La Minute blonde" où elle crée le personnage de Dorothy Doll. Par après, on la retrouve dans "Camping", "L'amour dure trois ans" ou encore "Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?".
    C'est à Bruxelles que je l'ai rencontrée. Entretien avec une femme drôle et réfléchie.

    Comment vous êtes-vous retrouvée dans "L'Etudiante et Monsieur Henri" ?

    Déjà, cela faisait très longtemps que j'avais envie de tourner avec Ivan Calbérac. Il a fait des super-films comme "Irène". Il sait écrire pour les femmes, il les met en valeur. Il a le sens du dialogue, je trouve que c'est très important. Pour moi, c'est un grand auteur.
    Il a pensé à moi pour le rôle de la bigote moche, j'étais étonnée qu'il pense à moi. En même temps, c'était un challenge, c'est drôle ; Au casting, je suis arrivée avec ma perruque blonde parce que je trouvais que le blond apportait une certaine candeur au personnage. Le brun, je le garde pour les rôles un peu plus durs. C'est peut-être un confort que je me suis donné mais je ne l'impose pas aux réalisateurs. Cela a amusé et fait rire Ivan Calbérac de me voir arriver en blonde avec la coupe de Chantal Goya.

    Vous portez aussi des lunettes, d'où vient cette idée ?

    Au départ, je n'étais pas du tout d'accord. Je suis une vraie blonde, je n'ai pas de cils, pas de sourcils donc je suis très lessivée. Et j'aimais bien le fait de proposer à Ivan Calbérac une fille complètement lessivée. Les lunettes, je pensais que cela allait faire déguisement, lunettes de crédibilité comme je disais dans "La Minute blonde". En fait, cela m'a aidé à m'enfermer. La perruque, les lunettes, les fringues de Bernadette Chirac, les chaussures plates et un petit sac bien raide, ça m'a vraiment aidée à ne pas bouger, à rester bien droite. C'est mon obsession quand je tourne: «tiens-toi droite, tiens-toi droite». Là, je n'y pensais plus du tout, cela m'a vraiment aidée à poser le personnage.

    Frédérique Bel dans L'Etudiante et Monsieur Henri

     Que pensez-vous de ce personnage ?

    J'aime beaucoup ce genre de personnage. Ils sont victimes de notre société et je trouve que le côté victime qui subit, c'est très propre à l'humain. Pour moi, c'est un personnage humain et un humain souffre. Si il ne souffre pas, c'est un super-héros.
    Il y a aussi quelque chose qui est propre à Guillaume De Tonquédec et à moi, on a ce goût pour jouer des personnages pathétiques. Guillaume est un des rares comédiens à accepter de rire de lui-même. Vous imaginez la générosité qu'il faut, l'absence d'égo qu'il faut pour faire rire de soi, de son physique, de sa voix, de sa façon de bouger. C'est un cadeau énorme. Je trouve que la comédie devrait être mieux récompensée en France. Parce que c'est ce qu'il y a de plus dur à faire, au niveau du rythme et ce qu'il y a de plus beau à faire, au niveau de la générosité.

    Beaucoup vous connaissent grâce "La Minute blonde", pourquoi cela a-t-il duré si peu ?

    D'abord, c'est un programme qui a eu son premier succès en Belgique. On me demandait d'ailleurs si j'étais Belge, parce que j'avais cette dérision complètement belge. Trash, gore, avec le filtre de l'amour, de la lumière et de la candeur (NDLA: dit avec la voix de Dorothy Doll).
    J'ai dû arrêter parce qu'on me prenait pour le personnage. Alors qu'on était dans les pics d'audience, on a fait vraiment les belles heures de Canal +. Quand on a stoppé, au sommet de la gloire, on faisait deux millions et demi de téléspectateurs. Mais le problème était aussi qu'on avait fait 400 épisodes, on en avait marre. Mes auteurs, étant des auteurs de longs métrages, avaient besoin de travailler sur autre chose. Moi, j'avais fait le tour de la planète, du Pape à Michael Jackson en passant par tous les acteurs français, les hommes politiques.
    Puis c'était au moment où Sarkozy pointait le bout de son nez, on avait commencé à avoir de la censure. Parce que la censure est arrivée avec lui.

    Quel est votre avis sur la situation actuelle de Canal + ?

    J'aime beaucoup Maïtena Biraben, j'ai beaucoup d'affection pour Cyrille Eldin (NDLA: chroniqueur au Grand Journal) qui est un de mes amis. Maintenant, j'avoue que je n'ai pas vraiment regardé Le Grand Journal parce que je suis en promo depuis la rentrée.
    Qu'est-ce que j'en pense ? J'espère que ce n'est que passager. C'est une chaîne basée sur l'humour et si on lui enlève le droit de rire, elle n'aura plus d'identité. Mais l'énergie de certains pourra renverser la vapeur. Pour tout vous avouer, je ne pensais pas que nous vivrions une époque régressive. On m'aurait dit ça, il y a dix ans, j'aurais ri aux éclats. Moi, dans La Minute blonde, je n'ai jamais connu de censure. Je plains les auteurs qui vont devoir écrire avec des barrières. J'espère qu'ils auront l'intelligence de placer des vannes en sous-texte, comme un acte de résistance.

    Que diriez-vous aux lecteurs pour qu'ils aillent voir le film ?

    Vous allez rire. Vous allez pleurer. Vous pouvez emmener vos parents, vos enfants. C'est un film où vous vous reconnaîtrez, où vous reconnaîtrez un membre de votre famille. Vous en ressortirez assez bouleversés. C'est un film qui va vous faire réfléchir ; Quand vous rentrerez chez vous, il restera des traces. Allez le voir en salles, pour être entouré de rires et pour cette énergie. Ce film est une bulle d'oxygène dans ce monde anxiogène.

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