• Entretien: François Troukens - Tueurs

    Par Michel Decoux-Derycke - François Troukens est, entre autres, scénariste et réalisateur. Sa particularité, c'est qu'il a été une des figures du grand banditisme en Belgique dans les années 1990. En 2015, il a écrit et réalisé le court métrage "Caïds". Cette année, son premier long sort en salles. Il a également publié "Armé de résilience" et "Forban", une BD avec des dessins de Bardet.
    Je l'ai rencontré à Bruxelles pour lui poser quelques questions.

    Pourquoi "Tueurs" ?

    Parce que, depuis je suis tout jeune, j'écris, j'avais envie de réaliser. Je suis passionné de cinéma. Un jour, j'ai décidé de changer ma vie, j'ai commencé à écrire un scénario en me disant qu'est-ce qui pourrait fonctionner au cinéma. Une histoire forte, une histoire qui passionne les gens avec un fond. Je ne veux pas faire des films d'action, pour moi un film d'action, c'est "Le Transporteur", "Fast and Furious", des films comme ça mais qui n'ont pas de fond. Ce qui m'intéresse, c'est le film de Roskam comme "Tête de boeuf" où on a un fond trafic d'hormones, de l'action et l'histoire forte d'un personnage. Une petite histoire dans une grande histoire. C'est ça que je voulais raconter.

    Vous auriez pu faire un film tiré de votre propre histoire ?

    Oui, les spectateurs auraient sans doute bien aimé mais je pense qu'on m'aurait jugé sur ma vie pas sur mon travail. Ici, le fait de raconter une histoire originale, de ne pas raconter ma vie fait que c'est mon envie de cinéma qui passe d'abord. L'histoire du film est tout de même inspiré de ce j'ai vécu, des choses que j'ai connues, c'est le cas de tous les cinéastes. Un biopic, peut-être un jour.

    François Troukens (c) Busilook.com

    Il y a une scène de braquage assez étourdissante, d'où vient l'idée ?

    Le braquage avec le camion comme bélier, je l'ai faite plusieurs fois dans la réalité, avec le câble comme dans le film, jamais. Mais j'avais pensé à le faire (rires).

    Vous racontez le monde carcéral comme on l'a rarement vu ?

    Forcément, je le connais bien. Je le raconte presque comme un docu. Les bruits, la musique qui va à fond, la difficulté de se concentrer, de vivre dans un univers spécial.

    La distribution est 100% belge.

    C'est comme l'équipe nationale de foot, on a des joueurs exceptionnels, ils jouent tous à l'étranger et ici, on a la chance de pouvoir les réunir pour faire une équipe nationale belge. Lubna Azabal a joué énormément à l'étranger, j'ai eu la chance d'avoir Bouli, Olivier Gourmet, Kevin Janssens, un grand acteur flamand, Johan Leysen, un super-acteur qui a vraiment une gueule incroyable.
    Bouli, je pensais à lui dès que j'ai écrit le scénario, je rêvais de lui donner un rôle à contre-emploi, il a un côté Père Noël, sympa. Lubna Azabal, c'est le directeur de casting qui a soufflé son nom. Olivier Gourmet, c'est mon chef opérateur, Jean-François Hensgens avec qui j'ai co-réalisé le film qui m'a demandé ce que j'en pensais. Je me suis dit que si il travaillait physiquement, il pourrait l'homme adéquat. Il a perdu du poids, il a appris à manier les armes. C'est un beau cadeau d'accepter de jouer dans "Tueurs", il porte le film.

    En fait, vous faites du cinéma pour les spectateurs ?

    Exactement. Je l'ai vendu comme un film belge à la flamande. Je veux faire du cinéma populaire intelligent. Je veux que les gens aillent au cinéma. J'en ai marre de ces films qui sont faits pour les gens du cinéma, pour leur plaire. On ne fait pas d'entrées en salle avec ces films-là, les gens n'ont pas envie de les voir.

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