• Entretien: Fien Troch - Home

    Par Michel Decoux-Derycke - Fien Troch est une réalisatrice belge. Elle débute dans le cinéma, en 1998, avec le court métrage "Verbrande aarde", trois autres suivront. C'est en 2005 qu'elle réalise son premier long métrage "Een ander zijn geluk" qui remporte deux prix au Festival de Thessalonique. Quatre ans plus tard, "Non-dit" ("Unspoken") est couronné par le Prix Cavens, même chose pour le film suivant "Kid" en 2013. Son dernier long métrage qui nous occupe ici a remporté des prix à Turin, Venise, Gand et aux Arcs.
    C'est à Bruxelles, dans une ambiance conviviale, que j'ai rencontré Fien Troch.

    Pourquoi Home ?

    A un moment, je commence à réfléchir, je commence à penser à ce que je veux raconter. Ce qui m'intéresse, ce que j'ai vu, ce que j'ai lu. Après un certain temps, mon copain m'a demandé : "quels sont les scènes que tu as en tête, les sujets qui t'intéressent ?" Avec mes réponses, il a fait un schéma.
    C'est sûr que je voulais parler d'adolescents. Une première idée, c'est qu'un délinquant va habiter chez une femme qu'il ne connaît pas. Une femme plus âgée, dans une villa, dans une forêt. Je ne sais pas pourquoi j'avais ça en tête. L'idée de John et sa mère, ça vient d'un documentaire américain. Je savais que je voulais avoir l'énergie de la jeunesse. La combinaison d'avoir une histoire et le fait que les jeunes traînent, c'était bien aussi.
    Je ne me suis pas réveillé un matin avec une histoire en tête, c'est un ensemble qui m'a permis de construire une histoire. Mes autres films étaient basés sur une émotion, une atmosphère, un décor.

    Donc vous avez quelques points, comment les reliez-vous ?

    Cela a duré deux ans, pas tous les jours évidemment. Puisque j'ai fait, entretemps, le Torino Film Lab. J'ai aussi écrit avec mon copain. On a encore écrit au moment où je filmais. Parce quand je filmais, l'histoire partait dans un sens et qu'il fallait la remettre sur les rails. On a monté pendant huit mois, on avait prévu quatre mais on a exploré toutes les possibilités. En plus, Venise était intéressé par le film, ils avaient vu des extraits donc il y avait une sorte de deadline.

    Fien Troch

    Donc Venise ?

    Bien sûr, c'était important d'être sélectionné. Gand, c'est bien pour la Flandre et la Belgique. Mais Venise, c'est un niveau au-dessus. Et obtenir un prix en plus, c'était vraiment très bien (NDLA: Meilleure réalisatrice dans la section Orrizonti). Vis-à-vis des producteurs, des vendeurs internationaux, cela permet d'être plus crédible. Aussi J'ai remarqué que le monde de cinéma aime bien le buzz autour d'un film et quoi de mieux qu'un grand Festival pour alimenter cela.

    Comment s'est passé le casting ?

    Pour les adolescents, je n'ai pas fait de distinction entre professionnels et amateurs. Je voulais juste des comédiens, des gens qui savent jouer. D'abord, la directrice de casting a fait des interviews, vingt minutes pour chacun en posant des questions genre où te vois-tu dans dix ans, que ferais-tu dans cette situation-là. Juste pour savoir où ils en sont dans la vie, leur comportement. Pour savoir si comme adolescent, ils sont à la maison tous les soirs ou si ils vont fumer des joints avec des potes. Parce que je savais qu'ils devraient utiliser leur propre vie dans le film. Qu'ils devraient puiser dans leur propre vécu. Je me suis également renseigné le plus possible auprès d'eux pour mieux coller à la réalité. Ils me guidaient surtout dans le langage, on ne dit pas ça comme ca mais plutôt comme ça, je tenais compte de leurs remarques.
    Pour les adultes, je ne les ai pas choisis pour leur notoriété. Comme pour les ados, je voulais des bons comédiens. Surtout il fallait un bon équilibre puisque les ados avaient une sorte de naïveté en jouant et les adultes savent contrôler leurs émotions parce qu'ils ont de l'expérience.

    Est-ce que les adolescents veulent continuer au cinéma ?

    La plupart, oui. Comme le film est derrière eux, ils ont réfléchi et ce n'est pas nécessairement comme comédien. C'est plutôt la créativité qui les intéresse. Ils ont vu qu'il y avait toutes sortes de métiers dans le cinéma. Il y en a un qui a 17 ans, lui doit terminer ses études. De toute façon, pour eux, le film a été une belle expérience.

    Dans le cinéma flamand, vous avez une place à part.

    Oui, j'aimerais bien penser ça (rires). A ce moment de ma carrière, plein de Flamands le disent, les Francophones ont été plus vite avec moi. Mais je suis avant tout Belge. La Belgique est petite, la Flandre encore plus. Il ne faut pas réduire les cinéastes juste à leur région. Je remarque que le cinéma d'un plus petit pays est en général plus créatif puisqu'on a moins de moyens, il faut faire plus avec moins.

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