• Entretien: Denis Dercourt - En équilibre

    Par Michel Decoux-Derycke - Denis Dercourt est un musicie, scénariste et réalisateur. Il fait ses débuts au cinéma, en 1998, avec "Les Cachetonneurs". Suivront huit autres films dont "La Tourneuse de pages", sélectionné dans la section Un certain regard à Cannes en 2006 et nommé trois fois pour les César 2007.
    C'est dans le cadre du Brussels Film Festival que j'ai rencontré Denis Dercourt. Entretien convivial avec un homme loin de l'image qu'on a de lui.

    C'est la première fois que vous adaptez un livre. Pourquoi celui de Bernard Sachsé ?

    Déjà, c'est une adaptation très libre. Le livre raconte le parcours d'un homme, celui d'un cascadeur équestre qui a eu un accident et est devenu paraplégique. Qui est très vite remonté à cheval contre l'avis des médecins, est devenu champion de France et a été deux fois aux Jeux Paralympiques.
    Dans le livre, il n'est pas question d'histoire d'amour. Le scénario a été plus dur à écrire que je ne pensais, j'ai mis trois ans. Parce qu'il fallait bâtir toute une histoire autour de son récit. Alors assez vite, je me suis dit que j'allais partir de cette anecdote d'assurance, très brièvement mentionnée dans le livre. Je me suis beaucoup documenté. Parce que je savais que le modèle allait être sur le tournage, je ne voulais pas me planter.

    Denis Dercourt BRFF 2015

    N'avez-vous pas eu peur de plomber le film avec cette histoire sur un handicapé ?

    Oui, cela m'a traversé l'esprit. Quand j'ai rencontré pour la première fois Bernard Sachsé, au bout de dix minutes, j'ai oublié qu'il était dans une chaise roulante. Je voulais que ce soit la même chose dans le film. Effectivement, on oublie très vite le handicap. Pour ne retenir que l'énergie du personnage. Vous savez, les handicapés n'aiment pas qu'on les prenne en pitié ou qu'on ait de la compassion pour eux.
     
    Pourquoi avoir choisi Albert Dupontel ?

    J'ai tout de suite pensé à lui,  il y a peu d'acteurs comme lui en France, aussi physique. Il a dit oui tout de suite, à une condition, celle de faire ses cascades lui-même. Comme ça ne plaisait pas trop à la productrice, nous avons donc tourné les scènes de voltige en fin de tournage. C'est aussi quelqu'un qui connaît très bien son corps, il a failli être médecin. Il m'a raconté qu'entre 20 et 25 ans, il a eu une maladie, qu'il aurait pu rester handicapé. Qu'il comprenait la colère du personnage.

    Et Cécile de France ?

    C'est un bonheur immense de tourner avec elle. Parce que c'est une grande actrice, américaine dans le sens où elle est très pro. D'une gentillesse et d'une simplicité ! Elle sait prendre la juste distance. Elle fait des choses incroyables quand on dit moteur puis elle revient dans le vrai monde sans aucun problème.
    Ensemble, on s'est beaucoup amusé à développer son personnage. Nous avons travaillé sur la faille intérieure que nous avons tous. C'est par elle que nous entrons dans l'histoire.

    Vous êtes musicien, la musique a donc une place importante dans ce film.

    Effectivement. J'écris mes films comme si c'était une partition. Même si je ne suis pas compositeur. Je ne suis qu'un interprète, c'est génial d'interpréter les oeuvres de Brahms, Beethoven. Mais moi, j'aime bien faire ma petite partition. C'est ma petite voix à moi. Je fais la même chose pour mes films. Les compositeurs n'aiment pas qu'on change une note, les acteurs, c'est le contraire, ils aiment changer un mot. C'est plus mon credo. Je préfère respecter l'esprit plutôt que la lettre.

    Quels sont vos projets ?

    Je ne sais pas encore. En tout cas, ce ne sera pas un film français. J'habite à Berlin maintenant, ce sera peut-être un film allemand. Il faut voyager et le fait de voyager permet de se nourrir d'autres émotions. Le plus important, c'est raconter une histoire peu importe l'endroit où l'on se trouve.

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