• Entretien: David Murgia - Geronimo

    Par Michel Decoux-Derycke - A un peu plus de 26 ans, David Murgia joue régulièrement au théâtre et a aussi une filmographie bien fournie. On le retrouve notamment dans "Rundskop" pour lequel il a été nominé pour le Magritte du meilleur espoir masculin en 2012, récompense qu'il remportera l'année suivante pour "La Tête la première". Cette fin d'année le voit interpréter le rôle de Lucky dans "Geronimo". 
    Je l'ai rencontré à Bruxelles, juste avant la présentation du film de Tony Gatlif au Festival du Cinéma Méditerrannéen. Entretien avec un jeune comédien vivant sa vie à cent à l'heure.

    Comment vous êtes-vous retrouvé dans "Geronimo" ?

    Je jouais à Paris "Le Signal du promeneur" de Raoul, collectif. Pendant que j'y étais, mon agent m'a fait rencontrer la directrice de casting de "Geronimo". Entretien positif qui a débouché sur une rencontre avec Tony Gatlif. Par après, je l'ai vu à plusieurs reprises. J'ai aussi changé de rôle pendant le casting, je suis devenu l'amoureux. Voilà comment je suis arrivé dans le film.

    David Murgia - Geronimo

    Avant de rencontrer Tony Gatlif, le connaissiez-vous ?

    Figurez-vous que je n'avais vu aucun de ses films. Donc avant de le rencontrer, j'ai commencé à regarder. Le premier, c'est "Vengo" ensuite "Gadjo Dilo". On me les avait conseillé. Là, je me suis dit que j'avais très envie de le rencontrer. C'est vraiment un type de cinéma particulier. Un rapport à la musique, à la fabrication du cinéma, aux paysages, aux populations qu'il filme, aux visages aussi. Ce n'est pas du cinéma avec des belles choses, les choses sont belles parce qu'elles sont abîmées, parce qu'elles ont vécu. J'aimais bien tout cet aspect-là, en tout cas, dans les films que j'ai vu.

    Comment s'est passé le tournage ?

    Bien, très bien. Ce qui est super gai, c'est que Tony a une façon de fédérer les équipes. On reste même si on ne tourne pas. Il fabrique en même temps, il ne reste pas accroché à son scénario. Il invente, il repeint un décor. Il rencontre un paysage, il écrit une scène dessus. On reçoit des nouvelles scènes la nuit. Tony est quelqu'un qui bricole. Il chipote et moi, j'aime les gens qui chipotent. En fait, cela a été une fête au travail, avec de la poésie et de la bonne musique. C'était créatif. 

    Quel est le plus important pour vous, le théâtre ou le cinéma ?

    C'est comme deux poumons, l'un fait respirer l'autre. Ou alors c'est comme deux ateliers. Une menuiserie, disons le théâtre et une ferronnerie, disons le cinéma. Ce sont des métiers très différents en fait. Cela demande des outils différents. Cela fait des formes, des objets différents. Cela demande des adaptations, des pratiques différentes. J'aime bien savoir faire et l'un et l'autre. 
    Ne faire que du théâtre comme ne faire que du cinéma ne m'intéresse pas. J'aime bien sortir des cercles qui ont tendance à se refermer sur eux-mêmes.

    Comment voyez-vous votre avenir ? 

    J'ai envie de créer des histoires. De créer mes histoires aussi. Tourner avec Tony, cela m'apprend une façon de raconter des histoires. On fait toujours quelque chose comme des voleurs, on est toujours en train d'apprendre quelque chose. C'est ça qui m'intéresse. J'ai envie de travailler avec des gens qui m'apprennent des choses. Que je peux regarder, que je peux observer. 
    Je me suis rendu compte que je n'étais pas acteur mais que j'étais raconteur. Au théâtre, je raconte des histoires. Au cinéma, je raconte des histoires. Je fais de temps en temps des photos, je raconte une histoire. Ce qui compte, c'est de raconter des histoires vraies et qu'elles soient capables de faire trembler les choses, de faire réfléchir, de faire rire. Que ce soit utile.

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