• Entretien: Clovis Cornillac, Mélanie Bernier, Lilou Fogli - Un peu, beaucoup, aveuglément

    Par Michel Decoux-Derycke - Clovis Cornillac a déjà, derrière lui, une carrière d'acteur de plus de trente ans. C'est avec "Karnaval" en 1998 qu'il se révèle vraiment. Dans le troisième volet des aventures d'Astérix: "Astérix aux Jeux Olympiques", il est le petit Gaulois. Il remporte, en 2005, le César du meilleur second rôle masculin et est aussi lauréat du Prix Jean-Gabin ainsi que du Prix Henri-Langlois.
    Mélanie Bernier débute en 2000 au cinéma. Elle a, à son actif, dix-huit films avec notamment des rôles dans "Populaire" et "Les Gamins". Quant à Lilou Fogli, aussi scénariste de "Un peu, beaucoup, aveuglément", c'est grâce au théâtre et à la télévision qu'elle se fait connaître.
    C'est à Bruxelles que j'ai rencontré ce trio. Entretien réalisé avec Elise Lenaerts (Cinephilia) et Constant Karbone (Le Bourlingueur du Net).

    Clovis Cornillac, comment est venue l'envie de passer derrière la caméra ?

    Je ne sais pas comment elle est venue mais elle est venue. Il n'y a pas une chose qui a déclenché cela. C'est arrivé petit à petit. Pendant des années, j'ai dit que je ne le ferais jamais. Cela s'est éveillé et j'ai attendu que cela soit vraiment nécessaire. Par respect pour le cinéma. C'est devenu obsédant et là, il fallait y aller.
    Je suis tombé en amour complet avec le métier de réalisateur. J'ai découvert la plus belle chose qui me soit arrivé professionnellement. Je me souhaite de faire d'autres films.

    Mélanie Bernier, Clovis Cornilac, Lilou Fogli

    L'idée du film ?

    Clovis Cornillac: au départ, c'est Lilou qui l'a eue.

    Lilou Fogli: c'est une histoire qui m'est arrivée. J'habitais à Paris dans un petit studio très mal insonorisé. Du coup, j'entendais mon voisin. Je me suis mise à idéaliser ce voisin: il est extraordinaire, il est drôle, il est beau, la totale... Je l'ai rencontré et là, ça a été la grosse déception. Donc c'est le début de l'idée. Ensuite le problème de communication et d'écoute que nous avons aujourd'hui. Où les gens vont systématiquement à l'essentiel, à l'efficacité. Ils ne prennent plus le temps de se connaître. Avec ce mur, cela me permettait d'enlever les préjugés physiques et sociaux. De repartir sur des bases d'écoute, les vraies bases de la communication.

    Clovis Cornillac: c'est un vrai support de comédie. C'est ça qui m'a intéressé dans l'idée de Lilou. Une comédie «originale» parce qu'on n'invente rien, on ne fait que recycler de manière inconsciente. On n'a beaucoup vu cette situation. De pousser jusqu'au bout une histoire d'amour, de couple à travers un mur, cela permettait d'avoir beaucoup de situations intéressantes. De pouvoir faire écho à des choses plus modernes: les réseaux sociaux, Internet. L'idée aussi du couple, qu'est-ce que c'est vivre ensemble ? C'était plutôt sympathique comme départ.

    Pourquoi ne pas avoir choisi Lilou pour jouer la voisine ?

    Clovis Cornillac: je vois ce que voulez dire, c'est vrai que Lilou et moi vivons ensemble. Justement, il y a une chose qui est primordiale dans le travail. C'est vraiment de tout dissocier. Je pense que si Lilou et moi sommes heureux, c'est parce que nous avons cette vision commune. Concrètement, il y a eu le travail d'écriture, Lilou ne savait même pas qu'elle allait jouer dans le film. Elle n'a pas écrit pour elle.

    Lilou Fogli: je n'écris pas en pensant à quelqu'un. Un comédien doit se mettre au service d'un rôle et pas l'inverse. Surtout si vous avez envie de prendre un comédien et qu'il n'est pas disponible, vous êtes déçu de celui que vous avez. Ici, il n'y a pas ça. Le casting était complètement ouvert.

    Clovis Cornillac: l'argument du copinage, le fait d'être mariés, ce n'est absolument pas un argument pour travailler. L'objectif est de faire le film qu'on veut faire. C'est pour ça que Lilou a été surprise quand je lui ai proposé le rôle de Charlotte. Pour moi, cela aurait été stupide de ne pas lui proposer le rôle parce que c'était elle. Aussi le but n'était pas de faire un film de copains mais tout simplement un film.

    Les rôles secondaires ont aussi une certaine importance.

    Lilou Fogli: si il n'y avait eu que deux rôles, on se serait embêtés. Il faut souffler, il faut faire avancer l'histoire. Ces personnages servent à ça. Généralement, on a un meilleur ami ou une meilleure amie. Moi, ça me plaisait bien qu'il y ait une soeur. Une soeur un peu différente.


    Clovis Cornillac: cela permettait d'ouvrir les thèmes. Comme les deux personnages centraux sont un peu en marge socialement, cela donne accès à du réel. Le personnage de Charlotte est totalement dans la vie d'aujourd'hui. Elle est un peu écrasante pour sa soeur, elle a du volume. Elle a tout pour elle et pourtant, elle s'ennuie. C'était vachement intéressant qu'elle rencontre quelqu'un qu'elle n'aurait jamais regardé, à travers ce mur. Parce qu'un personnage comme Artus n'aurait jamais regardé une femme comme Charlotte.

    Mélanie Bernier, vous êtes-vous inspiré de votre propre vie pour jouer le rôle ?

    Non, je n'ai pas pensé à quelque chose en particulier. Je me suis inspiré de ce qu'il y avait dans le scénario, des discussions que j'ai eues avec Clovis. De toute façon, on s'inspire un peu de soir pour créer un personnage.
    Après, c'est marrant parce que les rôles arrivent à des moments de vie particuliers. Ils font toujours écho à quelque chose. Je déménageais, à ce moment-là, dans un appartement, toute seule. Un déménagement, c'est toujours plein de changements, plein de nouveautés. Je me disais que vivre toute seule, cela allait me faire du bien, me permettre de grandir. Ce sont des choses que je vivais que vivait aussi mon personnage. De manière différente, bien sûr.

    N'avez-vous pas aussi envie de réaliser ?

    Je n'ai pas du tout des envies de réalisation. J'aime être une petite marionnette. Qu'on me prenne en charge. J'aime bien cette postion où on m'emmène, où on me guide. Où je me laisse faire. Pour l'instant, je suis heureuse là-dedans. Etre un chef d'orchestre, gérer des gens, ce n'est pas possible, je n'ai jamais été chef à l'école, Ce n'est pas encore dans ma personnalité.
    Par contre, écrie me plairait bien. J'écris pour moi. C'est quelque chose où je serais plus à l'aise. Si je le faisais, je m'écrirais un rôle, tant qu'à faire !

    Clovis Cornillac, on ne vous attendait pas, pour votre première réalisation, dans une comédie romantique.

    C'est ce que beaucoup de gens disent. Je suis le premier étonné parce que je n'ai aucune conscience de l'image que j'ai. Je ne l'ai pas fait en y pensant. C'est ça qui est rigolo. Il n'y avait pas de calcul.

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