• Entretien: Christophe Wagner - Demain, après la guerre

    Par Michel Decoux-Derycke -  Christophe Wagner est un réalisateur luxembourgeois, diplômé de l’INSAS en Belgique. Il a réalisé des documentaires tels que "Luxembourg-USA", le film est sorti dans les salles belges et luxembourgeoises en 2007. Cinq ans plus tard, son premier long métrage de fiction, "Angle mort", est un thriller tourné en luxembourgeois et sélectionné dans plus d’une dizaine de festivals. Il est également le réalisateur de quelques épisodes de la série télé luxembourgeoise "Comeback". 
    C'est à Namur, lors du FIFF, que je l'ai rencontré. Entretien avec un homme affable.

    Pourquoi ce film ?

    Parce qu'au Luxembourg, et dans les autres pays européens, l'après-guerre n'a pas été traitée. En France, par exemple, il y a très peu de films sur la collaboration et même sur la Résistance.
    En fait, le projet m'a été apporté par ma coscénariste, Viviane Thill. Elle avait lu un article sur le quintuple meurtre qui s'est vraiment passé au Luxembourg, dans l'immédiat après-guerre. C'est-à-dire une famille de fermiers allemands qui a été assassinée avec leur bonne luxembourgeoise. Elle trouvait que c'était un bon point de départ pour parler de toutes les tensions et les zones d'ombre de l'Occupation et de toute la période qui a suivi. Où l'histoire officielle ne garde que l'allégresse de la Libération. Pourtant, le Luxembourg était soumis à beaucoup de tensions et de violences, entre collaborateurs, entre ceux pour qui ça s'est mieux passé que d'autres, entre gens qui ont retourné leurs vestes.

    Christophe Wagner

    On ne s'imagine pas cela au Luxembourg, pays semblant tellement calme.

    Il faut savoir qu'au Luxembourg, ce n'était pas différent par rapport aux autres pays. Pour beaucoup de gouvernements de l'Europe de l'Ouest, après la guerre, le but était d'aplanir les tensions, de reconstruire le pays. Il y aussi le fait que le Luxembourg a été envahi par l'Allemagne, en plus, les Allemands voulaient annexer notre pays. Ce qui a provoqué une résistance très, très forte. Les Luxembourgeois, jusque dans les années 50, avaient une haine de l'Allemand. D'ailleurs, certains les appellaient les Prussiens. Cela s'est estompé avec la construction européenne. Sachez aussi que notre pays est dans la francophonie, pas dans la germanophonie.

    En partant de faits réels, vous avez donc construit une fiction ?

    C'était important de faire une fiction. Il y a effectivement certains éléments réels, comme l'enquête. On a lu le dossier d'enquête, on a vu que plein de pistes n'ont pas été suivies. Après, ce sont des spéculations, on a adopté un point de vue. Finalement, le film ne raconte pas ce qui s'est passé mais ce qui aurait pu se passer. Ici, le thème sous-jacent, que je voyais dedans et que j'ai poussé lors de l'écriture, est cette question: la recherche de la vérité ou le maintien de l'ordre social et public ? Donc, dans le film, c'est cette confrontation entre le chef de la Sûreté et le jeune idéaliste essayant de trouver le ou les assassins de sa petite amie. Le vagabond est inspiré d'un vrai personnage. C'est le dernier condamné à mort qui a été exécuté, pour crime de droit commun, au Luxembourg. Il s'est rétracté mais les autorités ont été jusqu'au bout.

    Le casting est totalement luxembourgeois ?

    Oui. Le vivier de comédiens au Luxembourg est très petit, nous sommes un petit pays. C'était compliqué, c'était une source d'angoisse permanente. J'ai fait un casting très long pour rencontrer tous les comédiens qu'il y avait au Luxembourg. J'ai pris une heure voire plus par comédien. Pour voir jusqu'où je pouvais travailler avec eux. Par exemple, je n'avais que neuf comédiens pour le rôle principal. Celui que j'ai retenu a fait ses études à Liège. Les autres ont étudié en France, en Angleterre. On n'a pas d'école d'art dramatique, il faut aller à l'étranger. D'ailleurs, c'est bien parce qu'on se confronte à plus grand que le Luxembourg. Ce qui est intéressant aussi, c'est beaucoup de jeunes comédiens n'avaient jamais joué en luxembourgeois. Il fallait trouver le ton pour ce genre de film. Le jeu crédible et sobre qui va avec. C'était le plus gros challenge et c'est qui me satisfait le plus, c'est la qualité de l'interprétation.

    En fait, il y a un cinéma luxembourgeois !

    Effectivement, le cinéma luxembourgeois a vingt ans. Vingt ans, c'est rien. On apprend. Moi, je suis de la première génération qui est allée dans une école de cinéma à l'étranger et qui est revenue. Qui font leurs premières fictions. On a tout plein de choses à inventer. On n'a pas un héritage lourd à porter comme Godard pour la France ou les Dardenne en Belgique. Donc on est des pionniers.

    Votre film va-t-il sortir en Belgique ?

    Je ne sais pas. Mais nous avons comme stratégie de rentrer en contact avec les exploitants de la grande région: Longwy, Thionville, Metz, Trêves, Sarrebruck, Arlon, Bastogne, peut-être Namur. Là, l'intérêt pourrait être plus grand.

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