• Entretien: Christophe Mavroudis - Voisins

    Par Michel Decoux-Derycke - Christophe Mavroudis est un cinéaste liégeois. Il est membre de l'ASBL Mefamo, réseau créatif d'artistes et/ou de techniciens tentant de mettre en rapport les métiers de la création de l'Imaginaire. Avec l'aide de cette srructure et un budget de 3500€, il a réalisé le court métrage "Voisins", notamment sélectionné au BIFFF en 2014. Entretien réalisé par courriel.

    Pourquoi avoir adapté le texte de Renato Lazzaroni ? Qu'est-ce qui vous plaisait dans ce texte ?

    J'ai lu la nouvelle lors de sa publication, et j'aimais sa concision, son efficacité, ainsi que son twist final. Je l'imaginais bien comme une histoire d'un film à sketchs, assez jubilatoire dans son dénouement. Surtout, il me semblait qu'elle était idéale pour être adapté avec un budget très limité, et les possibilités offertes par le tournage low-cost me passionnent depuis longtemps. Depuis le début, "Voisins" était pensé pour être auto-produit, réalisé de manière très artisanale. Mais il a tout même fallu attendre quelques années avant qu'on ne fasse du projet une priorité.

    Avez-vous eu des problèmes avec des voisins ?

    Moi-même, aucun. Mais Renato Lazzaroni a, lui-même, été très inspiré par le vacarme que faisait son voisin du dessus. Pendant la production, je sais que le cadreur aurait aimé avoir quelques minutes des hors-la-loi à disposition. Nous avons également eu la visite de la police sur le set. Alors que des éboueurs passaient dans la rue, un des comédiens, qui avait le visage couvert de faux sang, a fait semblant de hurler à la fenêtre. Quelques minutes plus tard, les agents débarquaient. On leur a fait visiter les lieux pour les rassurer.

    Christophe Mavroudis

    Pourquoi l'optique des séries B à l'ancienne ? 

    J’adore la série B depuis que je suis adolescent. J'ai conservé comme beaucoup un gros attachement aux films d'horreur, de science-fiction et d'action découverts en VHS, et la manière dont certains cinéastes créaient dans ce type d'économie continue de me fasciner. Lorsqu'il a fallu déterminer l'image du film, j'ai opté pour un rendu mat, très loin de la précision de certains appareils numériques actuels. J'ai parfois des retours très positifs sur ce choix, donnant un look «hors du temps» au film. D'autres, par contre, passent à côté. Le terme «série B» n'est pas péjoratif à mes yeux, bien au contraire. C'est un mode de production particulier, pas un terme qualitatif en soi. De nombreux B-Movies sont infiniment plus fréquentables qu'une large part de la production mainstream. 

    Est-ce contraint que vous l'avez fait avec un petit budget ou une volonté ?

    Une volonté depuis le début. Si j'avais eu un budget plus élevé, je n'aurai probablement pas fait ce film. J'avais envie de tenter l'exercice, jouer sur l'économie et suggérer un univers par des moyens artisanaux. On aime bien attribuer la paternité d'un film à son seul réalisateur, mais "Voisins" est le bébé de tout l'équipe Mefamo. Trois jours avant le tournage, la fine équipe composée de Shaban Krasniqi, chef opérateur et producteur, David Hermans, cadreur et directeur artistique, Arnaud Hockers, preneur de son et assistant prod, Sébastien Menegatti, habilleur et décorateur, était toujours en train de rénover le décor. En ajoutant Cora Debain, notre maquilleuse, nos assistants et les acteurs, on ne dépassait jamais la vingtaine de participants. On ne procédera pas toujours comme ça, parce que c'est aussi épuisant que grisant, mais l'aventure était belle.

    Comment avez-vous composé le casting ?

    De la manière la plus simple: un appel sur divers sites spécialisés, une audition... Que ce soit Adonis Danieletto, Guillaume Alexandre ou Céline Delval, leur investissement m'a surpris. Le film a mis du temps à se monter après notre première rencontre, mais ils sont restés fidèles au projet jusqu'au bout. 

    Voisins a été bien accueilli notamment en festivals, quel est votre sentiment ? 

    Toute notre petite bande est très contente, parce qu'on n'en espérait pas tant. C'était notre première expérience sur une fiction de ce type, j'imaginais être diffusé hors compétition, au mieux. Voisins a débuté sa carrière au festival Offscreen, puis a été pris en compétition au BIFFF où il concourrait à côté de films au budget dix fois plus élevés. Nous avons été ensuite une nouvelle fois en lice pour le Méliès d'Argent, et le film a commencé a tourner à l'international. Au Lund Fantastik Film Festival, il a représenté la Belgique francophone au côté de "Alleluia" et de "L'étrange couleur des Larmes de ton corps". Il a également participé à des festivals au Chili, au Mexique...
    En plus d'un beau soutien de CinemaFantastique.net, nous avons également eu un article très positif, plutôt long pour un court métrage, dans le magazine L'Ecran Fantastique, qui est le doyen de la presse fantastique francophone aux côtés de Mad Movies.
    Nous avons jusqu'ici une vingtaine de festivals au compteur, c'est très très loin du succès fracassant, et amplement mérité, d'un film comme "Un monde meilleur", toutefois le jeu en valait la chandelle. On est en discussion avec un éditeur DVD pour intégrer "Voisins" à une chaîne de diffusion et une compilation de courts.
    L'autre grande satisfaction, c'est d'avoir l'occasion de sympathiser avec d'autres réalisateurs. Par exemple, j'ai eu une très agréable discussion avec Vincent Smitz lors de ce dernier BIFFF. Son "Babysitting Story", qui était diffusé en même temps que "Voisins", y a remporté deux prix. Malgré nos parcours différents – il travaille avec Artemis, on s'auto-produit – nous nous rencontrons sur différents points. Preuve que les nombreux modes de production peuvent parfaitement cohabiter.

    Avez-vous d'autres projets 

    Je suis en train d'écrire mon prochain court métrage, dont la majorité du casting est déjà composé. Il s'agira d'une histoire proche d'un conte gothique, très différente de "Voisins", et plus proche de moi également. J'aide également à l'écriture d'autres films, dont un court et une websérie de David Hermans. Si les dieux sont avec moi, les caméras devraient tourner plusieurs fois avant que l'année ne soit terminée.

    Lire aussi la critique du court métrage Voisins
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