• Entretien: Christian Vincent - L'Hermine

    Par Michel Decoux-Derycke - Christian Vincent est un réalisateur et scénariste français. Sa filmographie est riche de dix longs métrages en vingt-cinq ans. On y retrouve notamment "La Discrète", "Une séparation", "Les Saveurs du palais" et bien entendu, "L'Hermine". Il a aussi remporté deux Césars en 1991 et dernièrement, le Prix Osella du meilleur scénario à Venise.
    C'est à Namur, au FIFF, que je l'ai rencontré. Entretien avec un homme sympathique et aimant le Nord.

    Pourquoi ce film ?

    Pourquoi Fabrice Luchini ? Pourquoi le Palais de Justice ? Pourquoi dans le Nord ? Le Nord, c'est un terrain de jeu pour moi. J'aime bien travailler dans cette région. C'est le quatrième film que j'y fais et le prochain, ce sera aussi dans le Nord. Donc, ce sont des habitudes que j'ai prises. J'y trouve des acteurs, on est bien accueilli, c'est assez simple d'y tourner.
    Ce que je n'aime pas dans la vie, c'est l'entre-soi. J'ai des amis à Paris, ils ne sont pas forcément dans le cinéma, on aime la vie, la musique, on s'invite. Mais quand je travaille, j'ai besoin de sortir de chez moi, de connaître d'autres horizons, d'autres vies que la mienne. Planter une caméra dans un tribunal, dans une salle d'assises, c'est intéressant. Il y a peu d'endroits dans notre société où tous les gens se mélangent, le tribunal est un de ces lieux. D'un côté, on a des gens extrêmement brillants comme un Président de cour d'assises ou des magistrats, des greffiers. De l'autre côté, il y a des gens tirés au sort, sur liste électorale, une sorte d'échantillon des Français. Et puis il y a le box avec les accusés, les parties civiles, etc... Tous cela est l'exercice de la démocratie parce qu'on doit écouter l'autre.

    Avez-vous assisté à des procès ?

    Je ne connaissais rien de la Justice avant ce film. Mon premier travail avant même d'écrire le scénario, je savais que j'écrivais quelque chose pour Fabrice Luchini, a été d'assister à un procès puis à un deuxième, un troisième. C'est comme ça que l'idée est venue petit à petit. J'ai imaginé ce Président de cour d'assises, Fabrice a 63 ans donc c'est un Président en fin de carrière, pas très loin de la retraite, on ne l'aime pas beaucoup, il a la réputation d'être très dur. C'est son énième procès. Procès où sa vie va imperceptiblement changer.

    Christian Vincent © David Ameye

    Fabrice Luchini, un choix évident pour vous ?

    On ne s'était pas revu depuis vingt-cinq ans. C'est seulement le deuxième film que je fais avec lui. J'ai suivi sa carrière, je l'ai vu évoluer. C'est un acteur qui vieillit super bien, il commence à avoir du charme.

    Pourquoi avoir choisi
    Sidse Babett Knudsen ?

    Quand j'écrivais le scénario, je savais qu'il y aurait une histoire sentimentale et je ne voyais aucune actrice française dans le rôle. En plus, Fabrice a tourné avec beaucoup d'actrices en France, on n'y croit plus trop, cela a un côté incestueux.
    La dernière saison de "Borgen" était diffusée à la télé, j'ai tapé le nom de Sidse Babett Knudsen dans un moteur de recherche et ça m'a renvoyé à un entretien qu'elle avait donné à ARTE, je suis allé voir. Stupeur, elle parlait français. J'ai immédiatement appellé mon producteur; «j'ai trouvé mon actrice, c'est celle qui joue dans "Borgen"». Il a trouvé que c'était une excellente idée.

    Et Corinne Masiero ?

    J'aime cette actrice. Là, j'espère tourner un film au printemps prochain et elle a un rôle important. C'est quelqu'un qui m'enchante, que j'adore. J'aime sa nature, son jeu, je suis extrêmement sensible à la manière dont elle travaille. C'est tout ce que je cherche au cinéma, c'est une forme de spontanéité, d'improvisation.

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