• Entretien: Christelle Cornil - Jacques a vu

    Par Michel Decoux-Derycke - Christelle Cornil apparaît, pour la première fois au cinéma, dans "Le Vélo de Ghislain Lambert". Elle jouait Babette, la femme de Ghislain Lambert. Depuis, sa filmographie s'est enrichie d'une trentaine de films. Avec, en 2011, le rôle principal dans "Au cul du loup". Christelle Cornil a également remporté le Magritte de la meilleure actrice dans un second rôle pour "Illégal" et a aussi été nommée à trois reprises. 
    Je l'ai rencontrée lors du FIFF, à Namur, où elle est venue défendre "Jacques a vu". Entretien avec une femme dynamique.

    Comment vous êtes-vous retrouvée dans l'aventure ?

    J'ai déjà travaillé à deux reprises avec Xavier Diskeuve, dans "Mon cousin Jacques" et "Révolution". Dans "Mon cousin Jacques", je jouais la dulcinée amoureuse de François Maniquet, dans "Révolution", je jouais la femme de François Maniquet qui, lui-même, a une relation particulière avec Nicolas Buysse. Et dans "Jacques a vu", je joue la femme de Nicolas Buysse. Donc on a bouclé la boucle. 
    Ce qui fait que je me retrouve là, c'est l'envie de Xavier, la continuité d'une amitié et d'une collaboration artistique qui dure depuis quelques années. Aussi la qualité du scénario, quand Xavier me l'a proposé, je n'ai pas hésité une seconde. Le film est très bien écrit, très bien construit.

    Christelle Cornil © David Ameye
     

    C'est aussi le premier rôle féminin.

    Oui mais je ne calcule pas le désir de faire un film à la taille du rôle. Ce n'est pas un critère. C'est chouette parce j'ai plus à explorer, à travailler. Je le répète, je peux très bien choisir un rôle plus petit si il me plaît. 

    Dans ce film, vous apparaissez moins sérieuse, non ?

    C'est un truc que pas mal de gens m'ont dit et en quoi Xavier croit très fort, c'est mon potentiel comique. Je n'ai pas fait beaucoup de comédies, j'y prends du plaisir. En même temps, je sais que c'est un exercice très rigoureux. Très dans le timing. Dans une forme de présence différente. Pour moi, c'est plus un challenge que d'aller dans des choses plus dramatiques. Dans des émotions plus fines et plus subtiles que je connais mieux, que j'ai plus exploré et qui sont plus proches de ma personnalité. Je suis aussi très guillerette donc ça marche bien.

    Comment avez-vous composé votre personnage ?

    J'ai eu des discussions avec Xavier. Il n'aime pas travailler dans l'aspect psychologique des personnages. Il fait confiance aux choix qu'il fait, il sait pourquoi ça matche entre nous trois. Il a confiance dans cette relation qui existe. Dans le fait qu'à l'image, il y a déjà quelque chose qu'il n'y a même pas à jouer. Il utilise ça dans la manière dont il cadre, la manière dont il nous met en place. 
    Après, c'était de nouveau rêver sur le personnage, d'où elle vient, sur la vie qu'elle a eue, qu'est-ce qui fait qu'elle se retrouve là avec ce gars-là. 

    On vous voit dans beaucoup de films, c'est voulu ?

    Cela fait quatorze ans que j'ai tourné "Le Vélo de Ghislain Lambert". Et cela fait quatorze ans que je fais un travail de fond, que je suis proactive. Parfois lié au hasard, parfois très décidé. Donc ce que j'ai fait dès que j'ai eu des images, c'est l'envoi de ma démo à plus de cent personnes. J'ai eu trois réponses, trois chouettes réponses dont Patrice Leconte. C'est des années après que certaines personnes me disent qu'ils se souviennent de ma démo. 
    Tout ce travail qui a été fait en amont fait qu'aujourd'hui, il y a des connections qui se font. Grâce aux films des frères Dardenne et "Au cul du loup" où j'avais des choses d'envergure à défendre, j'ai une certaine visibilité en France. On me voit dans de vraies scènes et cela change le regard des gens. Cela change la façon dont on m'accueille en casting. Cela change la façon dont les réalisateurs posent le regard sur moi. Je ne suis pas la petite Belge qui vient et qui veut absolument décrocher le rôle. Nous sommes alors dans un rapport d'égal à égal. Je cherche du travail, vous cherchez une comédienne. Je le souhaite à tout le monde parce que cela change vraiment la donne. 

    Il y a trois ans, vous m'aviez dit que vous vouliez explorer l'Angleterre, où cela en est-il ?

    Ce n'est pas encore fait, je n'ai pas encore eu vraiment l'audace de le faire. En fait, il faut que j'aie du temps, de l'énergie et de l'argent. Il faut que je m'installe, au minimum, pendant quinze jours à Londres pour rayonner et trouver un agent. Mais c'est imminent. Le cinéma anglais est un cinéma qui m'intéresse. Qui me convient parce qu'on m'a toujours dit que j'avais un look british.
    Ma muse si je puis dire, c'est Emma Thompson qui m'a donné envie de faire ce métier. J'ai eu la chance de la rencontrer sur le pas de sa porte il y a vingt ans. Donc il y a un anniversaire à fêter et ce sera l'occasion d'aller en Angleterre. 


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