• Entretien: Cédric Kahn - Vie Sauvage

    Par Michel Decoux-Derycke - Cédric Kahn est un réalisateur et scénariste français. Il débute comme assistant monteur de Yann Dedet ("Sous le soleil de Satan" de Maurice Pialat, "36 Fillette" de Catherine Breillat) puis monteur des courts métrages d'Ismaël Ferroukhi. Il se lance dans la réalisation avec les courts métrages "Nadir" en 1989 et "Les dernières heures du millénaire" en 1990.
    Son premier long métrage est "Bar des rails" en 1991. Sept ans plus tard,  "L'ennui" va véritablement le faire connaître, il remporte le Prix Louis Delluc. Le suivant, "Roberto Succo", marque les esprits et est sélectionné au Festival de Cannes. Par après, Cédric Kahn réalise cinq films dont "Vie Sauvage", celui-ci vient de remporter le Prix spécial du Jury à San Sebastian. 
    C'est à Bruxelles, dans les studios de la RTBF, que je l'ai rencontré. Entretien avec un homme aux propos intéressants.

    Pourquoi vous être intéressé à l'histoire de Xavier Fortin ?

    Ce n'est pas seulement à son histoire que je me suis intéressé. C'est aussi à l'histoire de la famille Fortin dans son ensemble. Je l'ai trouvée émouvante, spectaculaire. J'ai lu pas mal d'articles. Dès que je me suis plongé dedans, je me suis passionné. J'ai tout de suite pensé à en faire un film. Un film de cavale, d'aventure et d'émotions.
    J'ai laissé passer du temps. J'ai alors lu les livres, celui la mère et celui des garçons. Des livres plaidoyers. Des livres qui racontaient bien ce que chacun avait vécu. A partir de là, j'ai décidé d'en faire un récit. 

    Comment avez-vous obtenu l'accord des Fortin ?

    Cela n'a pas été simple. Il a fallu de longues discussions. Je me suis engagé à leur montrer le film avant tout le monde. Ils l'ont vu les premiers. Lors de la vision, ils n'ont pas soulevé d'objections. C'est d'ailleurs pour cela qu'il y a un carton, juste après le titre, indiquant que c'est inspiré de leur histoire. Ils ont accepté d'être les cinq sur le carton. C'est ma grande satisfaction parce que ce n'était pas évident, c'est quand même une famille déchirée.

    Cédric Kahn

     Le fait d'avoir vécu quelque temps une vie marginale a-t-elle été un atout pour écrire le scénario ?

    Sans doute. J'ai été élevé par des parents soixante-huitards. J'ai donc vécu un peu à la marge. C'est pour cela que, dans le film, tous les marginaux, les néo-ruraux que l'on voit ne sont pas caricaturés. Ils sont réellement comme ça. Mais je ne les idéalise pas. 

    Comment avez-vous choisi vos acteurs ?

    Mathieu Kassovitz est venu naturellement. C'était une évidence. D'abord pour son talent immense d'acteur qui n'est plus à prouver. Ensuite son image de radicalité collait bien au personnage. Mathieu n'est pas quelqu'un qui compose, il cherche la connection. Pour lui, c'est important d'adhérer aux convictions du personnage. 
    Pour les enfants, c'était le grand défi. Il fallait trouver de jeunes enfants puis des jeunes adultes leur ressemblant. Tant au point de vue physique que du tempérament. Cela a été une longue recherche. Je suis heureux de les avoir trouvé, ces quatre jeunes, en plus d'être bons comédiens, ils sont charismatiques. On s'identifie à eux, pour moi, ce sont les véritables héros de cette histoire. 
    Quant à Céline Sallette, elle n'est pas encore très connue mais elle joue de plus en plus. Pour moi, elle est pareille à Mathieu Kassovitz, elle est très puissante. Et il fallait quelqu'un comme elle pour jouer la mère.

    Et le tournage ?

    Ce fut très dense. On a tourné en lumière naturelle. Nous étions dans des coins reculés, il y avait les animaux, les enfants, les adolescents. Cela a été un tournage compliqué. Probablement un des compliqués que j'ai eu à faire. Mais je ne vais pas me plaindre, j'ai la chance du faire du cinéma. C'est normal de se donner du mal.

    "Vie Sauvage" a été présenté dans plusieurs avant-premières en France, comment le public a-t-il réagi ?

    Cela a été assez étonnant. Les débats, à l'issue des projections, ont été intenses. D'ailleurs, à plusieurs reprises, j'ai du couper au bout d'une heure, une heure et demie sinon j'en aurais eu jusque tard dans la nuit. Les gens finissaient par discuter entre eux, je n'avais presque plus la parole. Le film soulève beaucoup de questions, à la fois, philosophiques et émotionnelles. Le film touche un endroit essentiel qui est le rapport filial. 

    En quelques mots, définissez votre film.

    C'est, à la fois, un western et un mélo. C'est une aventure, une utopie. Une sorte de rêve que ce père propose à ses enfants. Mais que derrière ce rêve, il y a un mélodrame familial.

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