• Entretien: Bruno Deville et David Thielemans - Bouboule

    Par Michel Decoux-Derycke - Bruno Deville est un réalisateur et scénariste belgo-suisse. "Bouboule" est son premier long métrage. Pour le rôle principal, il a choisi le jeune David Thielemans, un jeune Belge pour qui c'est le premier rôle au cinéma.
    Je les ai rencontré tous les deux au FIFF à Namur. Entretien, à la fois, grave et léger avec une pointe de bonne humeur. 

    Bruno Deville, d'où vient l'idée de votre film ?

    Bruno Deville: Cela vient de moi, j'étais Bouboule quand j'étais petit. A l'adolescence, je faisais cent vingt kilos. Après, j'ai maigri très fort, je faisais soixante kilos pour un mètre nonante. Du coup, j'ai connu les deux: avoir la peau sur les os et aussi avoir pas mal de gras. Mes amis ne m'appelaient pas Bouboule mais Bulle. Encore aujourd'hui, on m'appelle Bulle même si je n'ai plus l'apparence d'une bulle. 
    Donc il y avait plein d'événements traumatisants de ma jeunesse que j'avais envie de raconter. Parce que je n'arrêtais pas de tomber sur des articles sur les politiques sanitaires de nos pays. Qui sont très alarmistes parce qu'il y a de plus en plus d'enfants obèses. Qu'il faut les prendre en charge parce qu'ils vont avoir des accidents cardiovasculaires, que ce sont nos futurs morts. 
    Pendant l'écriture, je me suis vite détaché du côté documentaire ou social. J'en ai fait un conte, une vision du monde vue à travers les yeux de ce gamin de douze ans. C'est ma façon de parler de ce monde d'aujourd'hui. Qui part parfois en couilles entre l'ultra-sécurité, la violence, le racisme, le communautarisme.

    C'est une manière pour vous d'exorciser vos démons ?

    Bruno Deville: Complètement. Il y a plein de cinéastes qui disent: on ne fait pas des films pour faire des thérapies. Dans le fond, je ne pense pas que ce n'est que thérapeutique. Il y a un projet artistique derrière. J'ai trente-huit ans aujourd'hui, je passe encore du temps à m'accepter comme je suis, physiquement. C'est difficile de s'incarner dans un corps surtout dans une société qui n'arrête pas de nous montrer des gens beaux, riches, minces.

    Donc le choix du rôle principal était important ?

    Bruno Deville: A fond. C'était un vrai challenge de réalisateur de trouver un enfant qui joue bien, c'est déjà pas simple. Il fallait trouver un enfant de dix, douze ans qui accepte de se mettre à nu devant la caméra et qui avait le poids. Le processus a été long, nous avons cherché avec ceux qui faisaient le casting en Belgique, en Suisse, en France. Nous sommes passés par des associations s'occupant d'enfants obèses. J'ai rencontré plein d'enfants et en fait, ce n'étaient pas des castings mais des mini-thérapies. Parce que ces enfants étaient mis en lumière, n'étaient plus dans le fond de la classe.
    Un jour, à Bruxelles, je suis tombé complètement par hasard sur David. Il rentrait de l'école avec ses potes. Je me suis dit: il est rond, il a le poids, il doit avoir l'âge. 

    Bruno Deville & David Thielemans © David Ameye
    David, quelle a été ta réaction quand Bruno Deville t'a proposé de participer au casting de "Bouboule" ?

    David Thielemans: Je n'y croyais pas. Pour moi, c'était une caméra cachée. Bruno m'a dit que non. Nous avons été chez ma maman parce qu'il voulait parler avec elle. Elle n'y croyait pas non plus, elle pensait que j'avais fait des bêtises à l'école en voyant Bruno et son associé. Puis ils ont parlé avec ma mère. Après, j'ai fait trois castings et j'ai réussi. 

    Et cela ne t'a pas gêné de te mettre à nu devant la caméra ?

    David Thielemans: Un petit peu. Mais comme on connaît tout le monde, on est un peu plus rassuré. Bruno m'a beaucoup parlé. Il m'a expliqué que lui aussi, il était gros quand il était jeune. Il m'a dit que j'étais quelqu'un de bien.

    Cette expérience t'a-t-elle changé ?

    David Thielemans: Oui. J'ai réfléchi et je me suis dit qu'à ce rythme-là, si je continue à manger autant, je n'atteindrais pas la quarantaine. Qu'il faut que, de temps en temps, je mange des légumes. Que j'arrête de manger tout le temps des frites. J'ai pris conscience de cela grâce au tournage.

    Bruno Deville, outre David Thielemans, comment avez-vous composé le reste du casting ?

    Bruno Deville: J'avais envie qu'il y ait un monde féminin, d'ailleurs très travaillé à l'image avec le côté un peu plus pop et rose. Le côté plus masculin avec les vigiles, très noir et blanc. J'avais envie d'une maman comme Julie Ferrier, une belle plante de 42 ans, très belle. Elle a adoré ce rôle, un peu en demi-teinte. François Hadji-Lazaro qui joue Claudi, c'était un fantasme pour moi. C'est une gueule, il ressemble à un pitbull. Swann Arlaud qui joue Patrick, je l'avais vu dans un court métrage, je l'avais trouvé formidable. En fait, le casting s'est composé entre la Belgique, la Suisse et la France. Par des rencontres, des envies artistiques. 

    Votre film a un côté, à la fois, léger, drôle et profond.

    Bruno Deville: Je pense que se mettre à la hauteur d'un enfant de douze ans, de me mettre à la hauteur de mon enfant intérieur de douze ans et de mes souvenirs, c'est ce qui a protégé le film d'un côté très social réaliste. J'ai préféré que le spectateur, pendant une heure et demie, soit plongé dans la poésie, le regard différent de l'enfant qu'est Bouboule.

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