• Entretien: Biyouna - La source des femmes

    Par Michel Decoux-Derycke - Biyouna est une actrice, chanteuse et danseuse algérienne. Dans "La source des femmes" de Radu Mihaileanu, elle tient l'un des principaux rôles, celui du Vieux Fusil. Son personnage, celui d'une femme mûre, ne garde pas sa langue dans sa poche.
    Lors de notre entretien au Théâtre Royal de Namur, Biyouna est apparue plutôt réservée, tout à l'opposé du Vieux Fusil. Ce fut un moment agréable par une belle après-midi d'automne.

    Comment vous êtes-vous retrouvée dans "La source des femmes" ?

    C'est mon agent qui m'a dit que je devais passer un casting. Je rencontre Monsieur Radu, un homme sympathique dès le premier abord. Il y a eu beaucoup de comédiennes qui sont passées avant moi. Il me demande si je chante et danse. Je lui réponds oui. Je chante lors du casting. Après, il m'a accepté et m' a donné le scénario. J'ai commencé à apprendre mon rôle en français et là, on m'envoie un e-mail. Celui-ci me dit que le tournage n'est pas en français mais en arabe. On m'envoie donc un autre scénario, en arabe. Je me dis: pas de problème, je suis algérienne, je peux le traduire à ma façon. Eh bien non, ce sera en arabe marocain. Pour moi, une Algéroise, c'était donc un peu plus compliqué. J'ai été coachée tout en passant trois mois à Marrakech.

    Biyouna

    Pourquoi votre personnage s'appelle-t-il le Vieux Fusil ?

    arce quand il parle, ses paroles sont des balles, des missiles. Là, il y a un peu de Biyouna dedans. Je suis née dans un milieu de femmes soumises. Cela m'a marqué depuis mon enfance. A l'âge de dix ans, j'ai dit à ma mère que je ne deviendrais jamais comme elle. Pourtant, l'Islam et le Coran, c'est très beau. L'Islam, c'est la générosité, l'honnêteté, l'humanité. Il faut prendre soin de son corps et d'autrui. Les autres ne doivent pas me dire ce que je dois faire, l'Islam, je l'ai dans mon coeur.

    Comment avez-vous travaillé ce rôle ?

    Radu m'a coachée. D'ailleurs, pendant tout le tournage, je l'ai détesté parce que c'était vraiment un bourreau. Il ne m'a pas lâchée. Je pensais même qu'il s'acharnait sur moi. A la fin, j'ai compris. Quand j'ai vu ce qui s'est passé à Cannes: les applaudissements en pleine projection, je dis merci à Radu pour le cadeau qu'il m'a donné. J'avais un tiroir qui était fermé, il l'a ouvert et ça, c'est génial.


    Dans le film, vous chantez et vous dansez, c'était un plaisir ?

    Oui, c'était un vrai plaisir. Toute jeune, j'étais danseuse. Après, je suis devenue comédienne et puis après, chanteuse. C'est très bien pour une actrice d'apprendre à chanter, à danser, à faire du sport, à parler des langues. Ca aide beaucoup. Moi, à mon âge, j'apprends encore. Nous avions une très belle chorégraphie. Je me sentais rajeunir autour de ces filles comme Leïla Bekhti ou Sabrina Ouazani. De danser, c'était une source de jouvence.

    Plusieurs films comme "Et maintenant, on va où", "L'amante du Rif", tournent autour du même thème: les femmes prennent le pouvoir dans les pays musulmans. Qu'en pensez-vous  ?

    Pourquoi pas. La femme, elle monte, elle monte et l'homme, il va faire la sieste (rires). Ce n'est pas un combat entre les femmes et les hommes. Les uns sans les autres ne sauraient pas vivre. Ce que l'on demande, c'est qu'il ait une égalité.

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