• Entretien: Arno - Préjudice

    Par Michel Decoux-Derycke - Est-il besoin de présenter Arno ? Présent sur la scène musicale depuis quarante-cinq ans, il a, à son actif, près d'une trentaine d'albums. Que ce soit individuellement ou avec les différents groupes dont il a fait partie, notamment TC Matic ou Les Subrovniks. Il est également apparu au cinéma dans "Camping Cosmos", "Surveillez les tortues", "Petites vacances à Knokke-le-Zoute". En 2012, il joue le rôle principal dans le court métrage "A New Old Story" de Antoine Cuypers. Celui-ci le choisit pour jouer le rôle du père, Alain, dans son premier long métrage, "Préjudice".
    Je l'ai rencontré à Namur, lors du FIFF. Entretien rock'n'roll réalisé en compagnie de Elise Lenaerts (Cinephilia).

    Qu'est-ce qui vous a donné envie de jouer dans ce film ?

    J'avais fait un court métrage avec Antoine Cuypers, il y a trois ans. Après le tournage, il m'a dit que quand il ferait un long métrage, je jouerais dans le film. Et j'ai dit oui, dans un bar. Tu vois le bazar ! Trois ans après, c'est fait.

    Arno © David Ameye 
    Vous êtes déjà apparu plusieurs fois au cinéma, racontez-nous ?

    J'ai fait un film avec Michel Piccoli, un film suisse avec Miou-Miou. Aussi "Komma" de Martine Doyen qui est allé à Cannes. J'ai fait douze longs métrages. Oh, j'ai oublié "Ex Drummer" et "J'ai toujours rêvé d'être un gangster", je n'ai jamais vu ce film. En fait, je n'aime pas me regarder dans les films. Quand je suis à la télé, je ne veux pas me voir. Avec les disques, c'est la même chose. Je suis tellement dedans que je n'ai plus vraiment envie de m'écouter. Je donne au public et c'est lui qui décide. Je préfère le live, là, je suis confronté à l'être humain.

    Comment avez-vous composé votre rôle ?

    Je ne suis pas un acteur, je n'ai jamais suivi de cours. Par exemple, l'histoire de "Préjudice", je ne l'ai jamais vécue. Un truc comme ça, avec mon père, avec mes enfants. Quelle chance !
    C'est très bizarre quand je fais des interviews avec des journalistes, certains ont vécu ça. Je trouve que l'on vit dans une période conservatrice, la communication entre les gens est bizarre. Je vois une famille: père, mère, fils, fille. Ils sont devant leurs ordinateurs, Ils communiquent avec le monde entier mais pas entre eux. Les gens ne se parlent plus. Je suis d'une génération qui n'a pas vécu une guerre, en 68, j'avais 19 ans, je n'ai jamais fumé un joint tout seul, on partageait, c'était la solidarité. On vivait à quatre dans un grand appartement, le frigo était pour tout le monde.
    Le conservatisme a une érection comme la Tour Eiffel. La gauche, elle n'existe plus vraiment. Il n'y a plus de révolte. Maintenant, je pense que ça va venir avec la nouvelle génération.

    Vous êtes aussi apparu dans le documentaire de Hadja Lahbib: "Patience, patience... T'iras au paradis".

    Oui. C'était extra de me retrouver face à des femmes arabes qui n'avaient jamais vu la Mer du Nord. C'est une belgitude, ce documentaire. Je trouve que c'est seulement des Belges qui peuvent faire ça. Comme Stromae, c'est phénoménal ce qu'il fait. Nous, les Belges, qu'est-ce qu'on a construit ? Magritte, et Apple, c'est Magritte, les gens ne savent pas ça. Sans Magritte, il n'y a pas Andy Warhol, il l'a dit lui-même qu'il a été influencé par Magritte. Vous savez, au Getty Museum à Los Angeles, il y a plein de toiles de Magritte et de James Ensor. En Belgique, il n'y a quasiment rien.

    Donc les artistes belges sont plus appréciés à l'étranger qu'en Belgique ?

    Exactement. On aime la Belgique Qui a vécu dans notre pays ? Karl Marx, il a vécu à Bruxelles et à Ostende, il a écrit son Manifeste en Belgique. Rimbaud, Victor Hugo. Einstein, il était au Coq, près d'Ostende. Personne ne sait. Pourquoi ils sont venus ici ? Parce qu'ils y avaient des bars, des maisons closes, pas si closes que ça, c'étaient les mademoiselles dans les vitrines. C'est ça, c'est le cul.

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