• Entretien: Anne Dorval - Mommy

    Par Michel Decoux-Derycke - Anne Dorval est une comédienne canadienne. Depuis le début de sa carrière en 1985, elle a joué dans près d'une trentaine de pièces de théâtre, une vingtaine de téléfilms ou séries télévisées et prêté sa voix, comme doubleuse, à près de quatre-vingt personnages. Au cinéma, elle a joué dans une quinzaine de films dont quatre des cinq longs métrages de Xavier Dolan. 
    Je l'ai rencontrée à Namur, pendant le FIFF où elle était venue présenter "Mommy". Entretien passionnant avec une belle actrice dans tous les sens du terme.

    Vous êtes dans quatre films de Xavier Dolan, racontez-moi votre histoire avec lui ?

    Je faisais du doublage, il en faisait aussi. Il est venu me voir en me présentant un scénario qui n'était pas au point. Il l'a retravaillé et il est revenu, après avoir beaucoup insisté, me proposer le scénario de "J'ai tué ma mère". Là, j'ai été séduite. J'avais du mal à croire que c'était écrit par un si jeune homme. Nous avons tourné le film et nous nous sommes liés d'amitié. Depuis cette expérience cinématographique, nous ne sommes pas quittés.

    Anne Dorval  © David Ameye

    Dans "Mommy", vous jouez une mère un peu spéciale, comment avez-vous composé ce personnage ?

    Il était assez bien décrit dans le scénario. Elle parle une langue crue, tout le monde ne parle pas comme ça au Québec. C'est quelqu'un qui a peu d'instruction, peu de culture mais qui, en même temps, est très déterminé et a un caractère très fort. Cette femme est intelligente et vive.
    Xavier me connaît très bien et moi aussi, je me connais bien. Tous les deux, nous sommes exigeants avec nous-même et envers l'autre. Le souci, c'était de ne pas refaire ce que j'avais déjà fait. Et de ne pas tomber dans la caricature pour que ce soit crédible d'un bout à l'autre. Dans les moments où il y a plus d'humour comme dans les moments où il y a plus de charge dramatique. 

    Cette mère aime son fils mais en même temps, elle doit se protéger.

    Oui. Parce qu'il est dangereux, c'est un enfant malade. Ce n'est pas juste un déficit d'attention, c'est un comportement violent qui peut l'entraîner très, très loin. Il n'a pas de contrôle quand il est en crise. Mais c'est une mère avant tout, c'est elle qui l'a mis au monde. Elle n'a aucune aide, elle est très seule. On le sent bien dans le film, elle n'a pas de famille. Il y a bien cette voisine, qui vient d'un milieu différent du sien, à qui elle demande de l'aide. Elle se lie d'amitié avec elle et ils forment un trio où tout à coup, chacun essaie de survivre à sa façon. Où chacun essaie de trouver un peu de lumière et de trouver un apaisement au contact de l'autre. Ce qui est très beau et très lumineux.

    Vous avez présenté le film au dernier Festival de Cannes, comment avez-vous vécu cette expérience ?

    Cela a été de bons moments. Les gens ont été touchés par le film, ils nous le disaient quand ils nous abordaient. Xavier, c'est une espèce de rock-star en France. Moi, je n'étais pas consciente de tout cela. Je sais que depuis "Les Amours Imaginaires", il a son public. Et ça ne fait que s'accroître avec les années. Quand j'étais sur la rue avec lui, on se faisait arrêter tout le temps, c'était hallucinant. Les gens voulaient le toucher, l'embrasser, faire des photos et avoir des autographes. Les journalistes du monde entier ont salué son travail de façon plus que généreuse. Nous avons été très touchés, lui en premier, par l'accueil. 

    Pour une comédienne, être dans un film aussi important que "Mommy" est-il une reconnaissance de votre travail ?

    Pas vraiment. J'ai beaucoup de reconnaissance au Québec, je ne cherche pas la reconnaissance internationale. Le film est vu en Europe et probablement aux Etats-Unis. C'est sûr que c'est flatteur. Mais, égoïstement, je veux travailler le plus longtemps possible. Je ne veux pas me dire qu'en vieillissant, il n'y aura plus de rôles pour moi. Peut-être que ce film va donner l'envie à des auteurs d'écrire pour des femmes plus mûres. Et de leur donner des premiers rôles au cinéma. 
    A partir d'un certain âge, les femmes jouent souvent les seconds violons, les faire-valoir. Je pense qu'il y a plus de personnages d'hommes intéressants. C'est dommage. 
    Pour moi, "Mommy" est un merveilleux cadeau parce que ça va peut-être changer la donne.

    N'avez-vous pas envie de venir tourner en France ou en Belgique ?

    Oui, j'aurais envie. Je peux jouer partout à condition que les rôles soient forts. Que je me sente aimée par un réalisateur, que je sois soulevée par un projet. Que ce soit en Belgique, en France ou ailleurs, peu importe. 

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