• Entretien: Amélie van Elmbt - La Tête la première

    Par Michel Decoux-Derycke - En mai dernier, c'est la surprise quand on annonce les films repris pour le Festival de Cannes. Un long métrage belge totalement inconnu, "La Tête la première", est sélectionné dans une section parallèle, l'ACID, association de cinéastes soutenant et accompagnant les films indépendants pour une diffusion en salles. Il est réalisé par une jeune namuroise de 25 ans, Amélie van Elmbt. La médiatisation cannoise va permettre à "La Tête la première" d'être acheté et distribué en Belgique. Le film est sorti en salles ce 3 octobre.
    "La Tête la première" a aussi été sélectionné au FIFF dans la compétition Emile Cantillon (premiers longs métrages de fiction) et concourt pour le Prix Cinevox (meilleur long métrage belge). C'est à cette occasion que j'ai rencontré Amélie van Elmbt, jeune femme déterminée et souriante.

    Vous avez déboulé dans le cinéma belge, comment expliquer cela ?

    Quand j'ai fait mon film, c'était vraiment une nécessité de le faire vite. Parce que les comédiens n'étaient libres qu'à une certaine date. Aussi parce que le film s'est fait en trois mois, préparation comprise avec tournage. Du coup, j'ai vite cherché quelques producteurs qui ne m'ont pas fait confiance parce que je n'ai pas terminé mon école de cinéma et je n'avais pas fait de court métrage. Ce qui fait que je n'ai pas eu d'aide, j'ai donc décidé de faire mon film seule. 
    J'ai eu un producteur juste avant Cannes, cela m'a permis de faire la postproduction. Heureusement d'ailleurs car je n'avais plus d'argent. Pour faire le film, j'avais pris l'héritage de ma mère et ce n'était pas sans fin.

    Amélie van Elmbt - FIFF 2012

    D'où est venue l'idée du film ?

    Elle est vraiment venue de la rencontre avec David Murgia. J'étais à Liège à la recherche d'un comédien pour un court métrage. J'ai vu David et ce fut une rencontre magnifique. C'est quelqu'un de très énergique, très enthousiaste, très engagé sur son métier d'acteur. Cela m'a vachement plu parce que nous avions le même désir de cinéma et la même énergie. Quand je suis rentrée, j'avais David dans la tête et je me suis dit: je vais écrire un film pour lui. Puisque c'était l'été, j'ai pensé à un road-movie, on va partir sur les routes avec tout le monde. J'ai appellé David pour lui demander si il avait envie de faire un film avec moi. Nous nous sommes donc revus, nous avons beaucoup discuté et il a accepté. Mais il n'avait que trois semaines en août, c'était trois semaines ou rien. J'ai dit d'accord.

    Comment avez-vous choisi Alice de Lencquesaing et Jacques Doillon ?

    Pour Alice, j'ai vu "Thérèse" de Alain Cavalier quelques semaines avant l'idée du film. Et tout d'un coup, par rapport à ce que j'écrivais, par rapport au film d'Alain Cavalier et par rapport au visage d'Alice, il y a une espèce de mimétisme où la fille de Cavalier était très proche d'Alice. C'est venu comme ça, Alice de Lencquesaing évidemment. Je l'ai contactée. Elle est venue pour faire un essai avec David. C'était tellement magique ce que se passait entre eux que c'était une évidence.
    Jacques Doillon, je le connais depuis quatre ans. Je l'ai rencontré à Bruxelles, j'avais vingt et un ans et il cherchait quelqu'un pour travailler sur "Le Mariage à Trois". Je me suis proposée. C'est une belle rencontre. Jacques m'a appris énormément de choses. Sur le métier de cinéaste. Sur la liberté à prendre par rapport aux écoles. Et puis sur la manière de revenir toujours à soi. De fonctionner avec l'instinct, de ne pas toujours penser aux règles. Du coup, c'était important pour moi de le mettre dans le film. Comme Jacques m'a transmis quelque chose, il était en adéquation avec le personnage de l'écrivain qui transmet quelque chose à Alice. J'étais vraiment heureuse qu'il accepte de jouer dans mon film.


    Comment s'est passé le tournage ?

    Au départ, le tournage se voulait très libre et très improvisé. Mais comme on n'avait que trois semaines, si je laissais beaucoup de place aux gens, cela allait être trop compliqué. Il fallait vraiment que je cadre. Contrairement à ce qu'on peut croire dans le film, à part la scène du bistrot, tout le reste est hyper chorégraphié, hyper mis en place. Cela a été trois semaines de travail intense.
    Nous n'étions que dix dans l'équipe. Tous étaient bénévoles. Moi, je payais les repas et l'hôtel. Du coup, tout le monde travaillait constamment.

    Avez-vous d'autres projets ? 

    Oui, une comédie. Mais on me dit: "arrête d'en parler, on va te voler l'idée." Du coup, je n'en parle plus trop. En tout cas, ce sera une comédie sur une jeune femme.
    J'en suis vraiment au tout début. J'hésite à trouver un producteur ou à monter une boîte de prod en Belgique. Comme j'ai fait mon premier film toute seule, pourquoi je ne ferais pas mon deuxième avec une structure. Je vais récupérer un peu d'argent que j'ai investi, peut-être que je peux le réinvestir et produire mes propres films. Comme ça, je n'aurais de comptes à rendre qu'à moi-même.

    Lire aussi la critique de La Tête la première

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