• Entretien: Alekseï Serebryakov - Léviathan

    Par Michel Decoux-Derycke - Alekseï Serebryakov est un comédien russe. En 1973, à l'âge de neuf ans, il apparaît dans une série télévisée. Cinq ans plus tard, il obtient son premier rôle au cinéma. Suivront plus de cent cinquante rôles dans une carrière oscillant entre télévision et cinéma. Alekseï Serebryakov a aussi fait du théâtre. A deux reprises, il a été sociétaire d'une compagnie théâtrale. 
    En mars 2012, il émigre au Canada, citant la corruption et l'instabilité politique en Russie ainsi que les obstacles pour l'éducation de ses enfants.
    Dans Léviathan, le dernier long métrage de Andreï Zviaguintsev, il joue le rôle de Kolia. 
    Je l'ai rencontré à Gand lors du Film Fest. Entretien avec un comédien quasiment inconnu dans nos contrées et gagnant à être connu. 

    Pourquoi avoir accepté le rôle de Kolia ?

    Au départ, je ne voulais pas jouer ce rôle. Pour Zviaguintsev, le cinéma est plus important que la vie et pour moi, la vie est plus importante que le cinéma. Je savais aussi que Zviaguintsev est exigeant. C’est grâce aux efforts de mon épouse si je suis venu sur le tournage. Finalement, je suis content d'avoir joué dans ce film. 

    Alekseï Serebryakov

    Comment avez-vous composé votre personnage ?

    Le composer n'a pas vraiment été difficile. Le plus dur a été de travailler douze heures par jour pendant plus de trois mois. Et de boire toute la journée puisque, dans le film, mon personnage boit de la vodka à la moindre occasion. Rassurez-vous pour ma santé, ce n'était pas de la vraie vodka, c'était de l'eau (rires). Il fallait aussi simuler les différents états d'ivresse. Là, ce ne fut pas facile. Mais mon expérience m'a permis de bien m'en sortir.
    Une autre chose: la concentration. Au cinéma, contrairement au théâtre, tout bouge autour de vous. Il y a la technique, les techniciens, c'est compliqué. 

    Le film témoigne-t-il d'une réalité en Russie ?

    Même si c'est du cinéma, ce qui se passe dans le film est comme la vie. C'est la vraie vie. Quand on boit de la vodka, cela se passe réellement dans notre pays. Quand on construit une maison et que quelqu'un d'autre veut l'avoir, c'est la réalité. Quand on voit le squelette de la baleine, c'est aussi une réalité. 
    Zviaguintsev, en faisant le film, a voulu exprimer une douleur qu'il ressent à propos de ce qui se passe en Russie. Par exemple, moi, je vis au Canada. C'est un pays riche où tout va bien mais les problèmes sont les mêmes. Quand on doit aller contre l'Etat, c'est toujours compliqué. C'est en cela que Léviathan est universel.

    Il se chuchote que Vladimir Poutine n'a pas apprécié le sujet du film, que pensez-vous de cela ?

    Un chef d'Etat, quel qu'il soit, n'aime pas ce genre de sujet. Parce que le cinéma peut avoir une influence sur les facettes de la vie. Ici, c'est en Russie mais cela peut être dans n'importe quel pays. Un film comme Léviathan exprime la tragédie de l'être humain. 
    En fait, les gens ne veulent plus faire mais avoir. C'est le cas dans le monde entier. Cela est visible sans que personne ne puisse le résoudre. Poutine essaye d'endiguer ce problème de manière autoritaire. C'est comme ça qu'il tente de stimuler la population qui ne veut plus travailler ou étudier. 

    Léviathan a été présenté au dernier Festival de Cannes, quelles ont été les réactions ?

    Ceux qui l'ont vu sont sortis groggy, on voyait que les spectateurs se posaient énormément de questions. Moi-même, quand je l'ai vu, cela a tourné dans ma tête pendant une semaine. C'est un film qui demande au public de réfléchir.

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