• Critique: Silence

    Silence de Martin Scorsese avec Andrew Garfield, Adam Driver, Liam Neeson, Ken Watanabe, Issei Ogata, Tadanobu Asano

    Affiche Silence

    L'histoire: Au XVIIème siècle, deux missionnaires portugais entreprennent un voyage au Japon afin de retrouver un des leurs.

    La critique de Michel Decoux-Derycke: Comme tous les fans de Martin Scorsese, il me tardait de voir son dernier opus, "Silence" est la troisième incursion du réalisateur dans un film à fond religieux, après "La Dernière tentation du Christ" en 1988 et "Kundun" en 1997. C’est une adaptation du roman éponyme de Shūsaku Endō, écrivain catholique japonais, publié en 1966.
    Bizarrement
    , les 2h45 ne m’ont pas paru si longues, pourtant, certains m'avaient dit que je m'ennuierais, j’ai été littéralement happé par cette histoire de deux jésuites portugais qui, au 17ème siècle, vont au Japon pour tenter de retrouver un autre jésuite ayant abjuré sa foi.
    C’est du grand cinéma, profond et humble, l’oeuvre d’un cinéaste immense maîtrisant son sujet et s'interrogeant sur sa propre foi. Le silence évoqué par le titre du film est le silence de Dieu face à la torture des chrétiens, des tortures conduisant à une mort atroce. On peut dire que les Japonais, comme d’ailleurs tous les autres peuples de tout temps, avaient une sacrée imagination pour mettre à mort les gens, et la décapitation était sans doute la mort la moins barbare et la plus rapide. Il m’est venu aussi à l’esprit cette question : comment un peuple peut se montrer aussi cruel envers les siens pour avoir choisi une autre religion que le bouddhisme ? Je répondrai à cette question en disant que le Japon est une île, longtemps isolée et que logiquement, le Japon a vécu en vase clos. Que tout étranger posant le pied dans ce pays était considéré comme un ennemi et qu'en y  amenant une autre religion dans ses bagages, c’était considéré comme une agression, comme une tentative d’invasion.
    Pour revenir sur le coté chrétien, pour abjurer, il suffisait de mettre un pied sur une icône du Christ. Un simple geste, symbolique. Se pose alors la question de la représentation de la foi et de son expression : la gestuelle peut-elle s’opposer à la croyance ? En découle, peu à peu, une passionnante interrogation sur l’expression de sa foi. Vient alors la résonance avec l’actualité, les conflits religieux continuant toujours leurs ravages, alimentant les diverses tensions. Ce voyage au bout de l’enfer de la foi démontre aussi sa puissance par les questions complexes qu’il suscite, des questions qui, si elles doivent trouver réponse, passent notamment par l’expérience douloureuse du renoncement, mais entièrement dévouée à son prochain. Martin Scorsese décrypte le silence divin dans une geste aussi sobre qu’audacieuse : une œuvre clé dans sa longue filmographie.
    Bref, un film
    qui m'a fait réfléchir et vous fera réfléchir, qui restera un sacré bout de temps dans ma mémoire et dans la vôtre, ne fût-ce que par sa force spirituelle. 

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