• Critique: Le Fils de Saul

    Le Fils de Saul (titre original: Saul fia) de László Nemes avec Géza Röhrig, Levente Molnár, Urs Rechn

    L'histoire: Octobre 1944, Auschwitz-Birkenau. Saul Ausländer est membre du Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs isolé du reste du camp, forcé d’assister les nazis dans leur plan d’extermination. Il travaille dans l’un des crématoriums quand il découvre le cadavre d’un garçon dans les traits duquel il reconnaît son fils. Alors que le Sonderkommando prépare une révolte, il décide d’accomplir l’impossible: sauver le corps de l’enfant des flammes et lui offrir une véritable sépulture.

    La critique de Michel Decoux-Derycke: Au dernier Festival de Cannes, le premier film de László Nemes était, pour certains, l'un des favoris pour la Palme d'or. Finalement, il a remporté le Grand Prix ainsi que le Prix FIPRESCI et le Prix François-Chalais. Il représente aussi la Hongrie, dans la catégorie Meilleur film en langue étrangère, dans la course aux Oscars 2016.
    László Nemes nous raconte l'histoire des Sonderkommando, ces déportés choisis par les SS pour accompagner les convois jusqu’aux chambres à gaz, les faire se déshabiller, les rassurer, les faire entrer dans les chambres à gaz, puis extraire les cadavres et les brûler tout en nettoyant les lieux. Comme tous les films sur la Shoah, on n'en ressort pas indemne.
    Pourtant, il m'a fallu du temps pour digérer la vision. Non pas parce que j'étais bouleversé mais parce que je ne l'étais pas. Je trouvais le film trop aseptisé, trop propre. Même le sale était propre, un peu comme dans les films américains où on ne doit pas choquer le spectateur. C'est seulement quelques jours plus tard, à tête reposée, que j'ai compris les intentions du réalisateur hongrois qui, par ailleurs, a perdu une partie de sa famille à Auschwitz. En fait, László Nemes n'a pas choisi la voie classique pour représenter l'Holocauste, il s'est centré sur l'histoire d'un homme. De cela, découle un film où le hors-champ devient un acteur du film. A propos d'acteur, Saul est incarné par Géza Röhrig, qui n’est pas un acteur de profession mais un écrivain et un poète hongrois. Sa prestation est stupéfiante, il est cet homme qui, pas une seconde, ne peut se reposer, toujours en mouvement, toujours occupé parce que si il s'arrête, il prend une balle dans la tête.
    Au final, "Le Fils de Saul" est un film puissant, dans la lignée de "Shoah", le documentaire de Claude Lanzmann. Un film qui vous laissera une impression durable.

    Affiche Le Fils de Saul

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