• Critique: L'Insulte

    L'Insulte (titre original: The Insult), long métrage, réalisation: Ziad Doueiri, scénario: Zouad Doueiri et Joelle Touma, distribution: Adel Karam, Rita Hayek, Kamel El Basha, Camille Salameh, Diamand Bou Abboud, Talad Jurdi
    Drame, Liban, 113', sortie le 24/01/2018, distribué par Cinéart, Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine Venise 2017 - Nommé à l'Oscar du Meilleur film en langue étrangère

    Affiche L'Insulte

    L'histoire: Lors de la rénovation d’un immeuble à appartements à Beyrouth, Tony, un chrétien libanais, et Yasser, un réfugié palestinien, se disputent au sujet d’un problème de plomberie. La discussion s’envenime et Yasser finit par insulter Toni. Blessé dans son orgueil, Toni décide de porter plainte. Rapidement, ils sont tous deux entrainés dans une spirale infernale dont la portée ira bien au-delà des murs du tribunal. 

    La critique de Michel Decoux-Derycke: Un film fort, du genre qui laisse complètement groggy à la fin. On part d'une petite insulte balancée dans la rue et on en arrive à une affaire d'Etat. Il faut dire que le Liban où se passe l'action est un pays qui a vécu une longue guerre civile (1975-1990), plus de vingt-cinq ans après l'arrêt des combats, les plaies sont encore vives. La société libanaise a enfoui cela bien profond mais l'humain étant l'humain, cela ressort à l'occasion d'une altercation banale.
    Pour illustrer ces propos, Ziad Doueiri mixe son long métrage entre scènes de procès et scènes plus intimes. Ces allers-retours font comprendre la psychologie des protagonistes. Le réalisateur met un peu plus l'accent sur le traumatisme vécu par Toni, le chrétien libanais, celui-ci a vécu un traumatisme lié à son enfance et l'a mis complètement sous le boisseau, la révélation en sera faite à la fin. C'est pour cela qu'il a balancé l'insulte, insulte qui renvoie au massacre de Sabra et Chatila, lui-même réponse à un massacre vécu par les chrétiens libanais, à Damour. Mais il n'oublie pas l'autre protagoniste, Yasser le palestinien. Celui-ci est joué par Kamel El Basha, acteur palestinien ayant remporté la Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine à Venise, il le mérite largement. Mais si j'avais été juré, j'aurais accordé la récompense ex-aequo avec Adel Hanna, l'interprète de Tony.
    Ziad Doueiri montre aussi que le politique n'est pas innocent. Il entretient, avec complaisance et pour capter les voix des électeurs, le mythe du Palestinien captant l'argent du chrétien. En cela, le propos du réalisateur est universel puisque cela se passe régulièrement dans bien d'autres pays, pour stigmatiser une frange de la population, on taxe une autre de tous les maux.
    Bref, un film que je vous conseille vivement de voir !


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